vendredi 12 juin 2015

Monozande, Kamel Khélif dessinateur et Jim Goldberg (photographe)


 A la suite de l'article écrit l'autre jour à propos d'une exposition où l'on peut voir certains de ses dessins, à l'Arthothèque Antonin Artaud, Kamel Khélif m'a donné à lire le texte qu'il a écrit en 2014, Monozande, le récit d'un Africain victime des guerres ethniques.  C'est un projet en cours, dans lequel il est associé au photographe américain, Jim Goldberg.  On espère que le livre qui est à venir sera bientôt finalisé et publié ...  Kamel m'a autorisée à copier une partie du texte de Monozande. On le trouve ci-après, sous les dessins.  Il est poétique et poignant, mais la réalité qu'il raconte est bouleversante ...


MONOZANDE
Kamel Khélif, Marseille 2014

Aujourd'hui, le soleil s'est levé. Il se lèvera de nouveau demain.
Les oiseaux qui chantent de nouveau, Césarine, le font comme au temps où tu étais là avec les enfants.

Ils chantent au ciel indifférent, ils chantent aussi aux collines, aux arbres et aux fleurs.
Mais pas pour moi qui ne les entends plus.

Sans doute que je ne suis pas complètement là, ni là-bas.       
Comme une feuille emportée par le vent qui ne sait plus où aller quand elle a quitté son arbre.

Quand les hommes armés sont venus au village, ils ont commencé à tirer et à couper comme des fous tout ce qui se trouvait devant eux : les villageois, les chèvres, les pierres, les arbres, l'air, tout.         

Tout le monde s'est mis à courir. J'ai mêlé mes pas à ceux de la foule mais très vite, je me suis aperçu que je courais seul.

J’entendais  des hurlements. Je voyais des corps en sang, déchiquetés. Il y en avait partout, pareils à des tas de chiffons jetés par terre.

Tout était barbouillé de rouge. Comme si une pluie de sang était tombée du ciel, à moins qu'elle soit sortie de terre.

Je ne voulais pas céder à la machette. Avec la douceur d'une prière, j'ai dit : « Tuez-moi avec vos balles ! Mais épargnez-moi vos machettes ! ».

Quand j'ai senti le choc du fer contre mes os, j'ai vu la terre se renverser sous mes pieds. Je ne savais plus où était le ciel.[...]

Kamel Khélif , 2014
(moins d'un tiers du texte est copié ici) 

 Le premier lien, diptyk blog est un blog marocaiin dédié à l'art et à des expositions:

à propos du photographe Jim Goldberg:
à propos de Kamel Khélif :

Aucun commentaire: