mercredi 29 août 2012

Jean Renoir , Une partie de campagne (1936)

D'après une nouvelle de Guy de Maupassant, parue en  1881, publiée d'abord dans La Vie Moderne,  elle fait partie du recueil La maison Tellier.

Le film de Jean Renoir date de 1936.

lundi 27 août 2012

Television - Marquee Moon [pt.1] (Live in Brazil 23-10-05) (8/8)

Let the music be ...
Vraiment dommage que la vidéo soit mal "calée", elle s'arrête trop brutalement. Mais  voir jouer les musiciens, ici,  est un réel plaisir.
Marquee Moon, un titre de Tom Verlaine, à l'époque de Television.

tom verlaine , the future in noise

Le clip de cette chanson de Tom Verlaine me rappelle le thème : "Les preuves du feu"!

mardi 21 août 2012

Alain Puech, autoportraits


Toujours dans la perspective de l’exposition « Traits … intimes » au musée Arteum de Châteauneuf-le-Rouge, j’ai rencontré Alain Puech, chez lui, à Gardanne.  Dans son atelier où il réalise actuellement des œuvres sur papier grand format, puis dans son bureau dédié à des travaux de plus petits formats, et surtout à la réalisation quotidienne d’un autoportrait, nous avons parlé « travail ».  J’ai choisi, cette fois, de retranscrire une partie de l’entretien,  au fil du micro, concentrant la restitution de la conversation sur ses œuvres les plus récentes, les  autoportraits.  

Nous sommes ici dans ton atelier  où tu réalises les autoportraits en grand format ?

Oui, je te montre rapidement. J’ai repris il y a peu un travail de dessins sur grands formats que j’avais déjà expérimenté il y a quelques années à la demande de mon galeriste jbp Art-Gallery.  Alors depuis qu’il m’a livré la grande cuve et la plaque pour l’encrage, en juillet, je m’y suis remis.  Ce sont des formats spéciaux, 114 x 150 cm pour de très grands autoportraits.  Il a fallu des essais pour retrouver le bon mouillage du papier (3 ou 4 heures), le bon encrage ( encre offset). 

Quelles sont les contraintes auxquelles tu dois t’adapter ?  

Pour les portraits quotidiens, je travaille sur de petits formats en comparaison de ces grands dessins sur papier. Du coup, alors que j’ai l’habitude de survoler ma petite feuille, ici ce n’est pas le cas,  du coup en me déplaçant d’un côté et de l’autre de la plaque encrée pour dessiner,  je fais des erreurs de perspective.  Si je travaillais à la verticale cela  ne se verrait pas, mais je travaille à plat, j’y suis obligé  car le papier est mouillé.  Je me sers d’un dessin format 31 X 41 que je reproduis directement.  Je commence par les yeux, le centre du visage. Cette technique nécessite un travail sur papier mouillé. Ce sont donc des dessins faits d’un jet… c’est fatiguant,  je ne peux pas en faire plusieurs à la suite …mais une partie de ces travaux seront dans la galerie  de Jean-Pierre Botella,  à Saint-Tropez, fin septembre.
Tu disais que ce n’est pas la première fois que tu travailles sur les portraits et les autoportraits, quelle place ces sujets occupent-ils dans ton œuvre ?  

Ces deux thèmes occupent une place centrale, récurrente.  J’en parle dans un entretien pour l’Artothèque Antonin Artaud, pour le catalogue réalisé à l’occasion d’une rétrospective de mon travail de 1985 à 2004.  L’exposition a eu lieu en novembre 2004.  Je disais : « quand on fait de la pub ou de l’illustration en agence, on est anonyme, on n’existe pas.  Je me souviens très bien m’être dit « Maintenant, c’est moi le sujet, c’est moi qui vais décider de ce que je fais, de ce que je dis, de ce que je pense ».  Donc autoportrait me semblait vouloir dire …  « Voilà, je mets ma tête, maintenant ; voilà, c’est moi ». »  Voilà pour l’autoportrait, mais j’ai réalisé aussi beaucoup de portraits, lors de résidences, par exemple, la série « Gens d’ici »,  à l’hôpital Montperrin d’Aix-en-Provence, au « 3 bis F », en 1995.  Les personnes qui étaient là, personnel soignant, patients, visiteurs, je leur ai proposé de poser pour moi, en échange, je leur donnais  leur portrait. Mais j’ai participé aussi à des résidences à Roubaix , à Miramas, aux Aygalades, à l’Artothèque et à Saint Gabriel, et à chaque fois, j’ai dessiné des gens…

Présentation de l’artothèque Antonin Artaud :


La biographie d’Alain Puech :


Parmi les  œuvres d’A.P.exposées en 2004:


Ton galeriste te « commande » des autoportraits, les  « clients » sont-ils intéressés par l’autoportrait ?

Eh bien, je me le demande….   Mon travail actuel, c’est l’autoportrait. D’ailleurs je ne vois pas pourquoi les gens ne  seraient pas intéressés ?  Ils achètent des portraits de gens qu’ils ne connaissent pas, autant acheter des portraits d’un artiste. Et puis, l’autoportrait, ça  s’est toujours fait en peinture et en dessin.  J’ai entamé  une série d’autoportraits en  2008, avant que tu arrives j’ai fait le 1580 ième, c’est pas mal ! Un de mes rêves serait de tous  les montrer, linéairement, il faudrait trouver un lieu. Certains ont été vendus,  il faudrait en  faire des copies … ce serait possible… mais je ne me donne aucun mal pour le faire !

Tu as commencé les autoportraits quotidiens en 2008, as-tu idée du moment où tu termineras cette aventure ?

Quand j’en aurai marre ! Au départ je devais arrêter en septembre 2009. Je t’avais dit le pourquoi ?  En fait par rapport à mon boulot (directeur de l'école municipale d'arts plastiques) ,  j’ai demandé  une validation des acquis  d’expérience (VAE) pour obtenir  un DNSEP.  Pour passer le concours, je devais présenter un travail récent ( moins de 3 ans), or cela  faisait un petit moment que je bricolais, je n’avais rien de spécial à faire valoir. Mais, dans  toutes  les résidences auxquelles j’avais été invité, j’avais réalisé des portraits et des autoportraits. En quelque sorte, cela me suit depuis toujours . J’ai donc commencé les autoportraits quotidiens, le jour où j’ai reçu le résultat de l’acceptabilité pour passer le DNSEP, c’était le 10 avril 2008.  Je pensais arrêter le jour du concours. Le matin même j’ai donc fait un petit autoportrait. J’ai réussi mon concours  le 19 septembre 2009 et le 20 septembre je me suis dit qu’est-ce que je fais ? Pendant une semaine, j’ai bricolé et puis je me suis dit, c’est bon, je reprends et j’arrêterai quand j’en aurai assez… et je n’en ai toujours pas marre, c’est quasiment infini. Je ne me l’imaginais pas. Je pensais que j’allais en faire le tour … mais peut-être que je suis particulièrement complexe ! (rire). Il faut dire que j’utilise tout, aussi bien les humeurs, la sueur, les poils, les dents cassées, les ongles, les images d’enfance,  les souvenirs, les événements du quotidien.  En ce moment je travaille sur le « comme je me vois », mais sans voir ce que je dessine. Je me vois mais je ne vois pas ce que je dessine, c’est mon œil qui guide ma main, sans que je la voie. 

Certes, tu évoques la diversité,  la liberté de la création, de l’invention, mais pour que cette « série » existe en tant que telle,  tu as  quand même dû mettre en place des contraintes ?

Oui ! il y a plein de contraintes :  le format, 31 X 41.   Pourquoi? je ne sais pas.  C’est le format que j’ai trouvé et qui me plaisait ; ensuite il faut que cela soit fait avant minuit, du moins,  commencé avant minuit.  La feuille qui est prise, c’est la feuille qui est utilisée, en aucun cas je ne la change, si cela ne va pas, je me débrouille, je recolle, je refais, il n’y a pas de repentir.  De toute façon, ça ne passe pas par  « ça me plaît », « ça ne me plaît pas », c’est un moment. Dans ce travail, il y a l’autoportrait et il y a aussi la série. Je crois que je ne suis pas capable de tout mettre dans une seule oeuvre. Comme je ne suis pas capable en une phrase de tout dire, il me faut une quantité de choses pour que j’arrive à comprendre à peu près où je suis et ce que je pense.  Je crois que depuis le début   j’ai toujours travaillé en série parce que c’est l’accumulation, la répétition qui commence à me dire quelque chose.   
Ce qui me plaît dans l’autoportrait, c’est qu’il est fonction du temps, du moment, des événements, de l’actualité – ou pas- de la fatigue, d’un  tas de choses.  Et puis, dans cette relation particulière à moi-même, il faut traquer la répétition, ce qui m’oblige à me surprendre.  Depuis des années,  j’ai mis en place des stratégies pour ne pas faire un beau dessin.  Je sais le faire, j’ai appris, j’ai travaillé dans la pub pendant des années, j’ai fait des affiches, des plaquettes, je sais dessiner, mais toute la difficulté est  de faire ce qui m’appartient en propre, ce qui me correspond  et donc « casser »  mon dessin trop lisse. Parmi ces stratégies, il y a  par exemple, ne pas regarder la main qui dessine ni le dessin en train de se faire, ou dessiner d’un trait, ou dessiner les yeux fermés… 

Alors, c’est ici, dans ce bureau attenant à cette pièce à vivre que tu as installé le coin du rendez-vous quotidien avec toi-même ?   Un bloc de papier,  un miroir, des crayons, des feutres …des tampons.  Quels sont tes outils de prédilection ?

Les tampons, j’adore ça ! Tu peux prendre en photo le dessin d’aujourd’hui,  Je l’ai fait tout à l’heure, comme ça je pouvais te le montrer (n° 1580).   J’ai de tas d’outils différents, mais je reste un dessinateur, je ne suis pas un peintre, je travaille sur papier, très rarement sur toile (éventuellement je maroufle mes dessins sur toile).  J’ai beaucoup travaillé sur papier Arches, mais, actuellement c’est un papier anglais, un peu moins onéreux. Quand je prends un bloc, j’utilise tout : depuis la couverture jusqu’au carton du fond. Une fois le dessin réalisé il y a le rituel de la signature et de l'archivage:
D'abord ce sont 2 tampons à mes initiales, puis l'empreinte digitale et trois
tampons pour l'autoportrait (N°, jour) l'identité professionnelle (Maison
des artistes, N°Siret, Saif..) et le dernier reprend ce qu'il y a sur ma
carte d'identité. Enfin il y a le tampon à sec.
  Chaque dessin explore une technique, mais aussi un matériau différent. Ainsi, j’utilise tout, toutes les circonstances de la vie. Si je me coupe les cheveux, il m’est arrivé de coller des mèches en faisant une sorte de flocage. Si je me coupe, et saigne, j’utilise mon sang. Même chose avec une auréole ou une tache de café ...  Ce  qui m’intéresse c’est la plus grande liberté. 
Retrouver le plaisir que j’avais, quand j’étais petit, de dessiner. Les années où j’ai travaillé dans la Pub ont lissé cela, m’ont donné de fortes contraintes. Actuellement je travaille à Gardanne, je suis directeur de l'école municipale d'arts plastiques. Avant cela je n’avais jamais été salarié, je ne savais pas ce que c’était. Aujourd’hui si je devais me créer un boulot, je me créerais celui que j’exerce à Gardanne, j'y suis comme un poisson dans l’eau. Je suis à Gardanne depuis 2005, j’ai commencé les autoportraits en 2008 et l’idée était vraiment de retrouver le plaisir de dessiner et de faire.  C’est un des sujets les plus simples: un miroir et  moi, cela suffit...  et penser à me faire plaisir !
Tu dessines ton visage depuis des années, maintenant.  Te semble-t-il  le posséder ?  Le maîtriser et avoir plus de facilité à le dessiner ?  

Un peu quand même, mais pas encore tout à fait. Je me dis que depuis le temps ça devrait être arrivé, mais ce n’est pas encore ça.   Je vais peut-être continuer à dessiner des autoportraits jusqu’à y arriver ?  Je dessine actuellement sans regarder ce que je fais.  Il y en a une quarantaine réalisés ainsi. Au début, je ne regardais pas la feuille, j'essayais juste de repérer avec les doigts où était placé le crayon par rapport à une géographie supposée du visage. Par exemple, si je venais de dessiner les yeux ou supposés tels, je mettais un doigt sur le dessin réalisé et déplaçais mon crayon pour faire le nez, ça me permettais de "mesurer" l'écart entre les yeux et le nez.
 Actuellement je travaille sans prendre de repères. Je trouve très excitant le travail produit ainsi, pour le côté esthétique, je serais incapable de dessiner comme cela normalement!   C’est fascinant ! C’est mon côté monstrueux qui ressort ! 

Est-ce que le fait de dessiner des autoportraits change ton regard sur toi-même ?

Oui, déjà je me regarde !   Je regarde les petits trucs qui changent, un peu comme les filles, je me regarde, je me scrute.  Je regarde les détails, les rides, surtout autour des yeux et je les dessine. Je cherche l’évolution, les signes de vieillissement. Ce qu’il y a de bien avec les autoportraits,  c’est que je n’ai pas à plaire, je n’ai pas à essayer de séduire. Au contraire, tout cela correspond à des moments de moi : clair- obscur, rêveur, mal en point…   Tout ce qui survient dans la vie, peut  se retrouver dans un autoportrait, surtout ce qui survient de façon inattendue : ce jour là où, dans les Alpes, un écureuil a surgi, le soir je l’ai dessiné. Ce jour là où ayant oublié de faire le dessin je l’ai fait le lendemain je me suis mis le bonnet d’âne  avec l’inscription « je ne dessinerai plus le dessin de la veille en le datant  du jour précédent »… 
 

Un dessin par jour, c’est une lourde contrainte !

Un dessin par jour, oui, sans exception, mais tous les premiers mai je ne fais pas de dessin…je prépare une feuille datée et signée, mais je ne dessine pas. 

Veux-tu ainsi faire entendre que dessiner c’est travailler, qu’être artiste c’est un métier ? 

Oui, il y a l’idée d’inscrire un dessin dans la durée, dans le quotidien et surtout de ne pas présenter l’artiste comme celui qui est « inspiré », conception  trop romantique à mon goût. Certains jours je n’ai pas d’idée, je n’ai pas d’inspiration, bien évidemment, mais je crois profondément au travail et au travail en art : s’y mettre chaque jour, même si l’on ne sait pas quoi faire, y aller quand même. Quand je dois faire mon dessin, chaque jour je me dis, c’est l’heure, il faut y aller, mais je ne sais absolument pas ce que je vais faire.  Dessiner, j’ai l’habitude… mais quand je dois faire mon dessin  le soir,  minuit n’est souvent pas loin et il faut trouver un truc, faire, poursuivre.  Et moi, ce qui m’intéresse,  c’est cette continuité, montrer que les artistes sont des travailleurs et non des gens  qui vivent d’eau fraîche et d’inspiration.  Ainsi on voit que chaque dessin est la petite partie de tout le travail qui vient avant, qui constitue ce qui soutient ce dessin du jour, voilà ce que  je tiens à défendre. Donc, tous les premiers mai, je m’accorde ce dessin sans travail, quand je ne suis pas aux manifs. Je ne travaille pas.  Car dessiner ce n’est pas une activité, ce n’est pas un hobby, c’est un travail.
Comment l’autoportrait rejoint-il ce qui est de l’ordre du journal intime ?

Effectivement,  tel jour je remplis ma déclaration de revenus :  et, par une sorte de prolongement, je me dessine  avec des chiffres partout. Tel autre dessin est fait sur le collage d’une page  du journal des recettes et des dépenses que je dois  compléter, comme cela m’ennuie, je détourne la contrainte en prenant une feuille sur laquelle je me « venge » de mon sort. Ce jour là, en cherchant des papiers pour mes parents, j’ai retrouvé mon acte de naissance : il est au cœur d’un dessin, je suis cet acte de naissance, il  fait portrait ! 
Tout fait œuvre, tout peut être détourné au profit de l’autoportrait : une place de cinéma, un événement auquel j’ai participé, la météo, un objet que j’ai ramassé par terre … peuvent trouver leur place dans mes dessins. Mais parfois, et pas plus tard qu’hier, je me suis demandé, si parallèlement je n’allais pas commencer un travail d’écriture de journal. Pour l’instant c’est un compromis des deux :  l’actualité, la vie au jour le jour  contaminent mes portraits… qu’en sera-t-il si je tiens un journal intime ?
Qu’est-ce que ce regard sur toi-même  t’apporte ?   Cela te fait-il  du bien ?

Je me regarde sous toutes les coutures, je ne gomme aucun aspect, je suis sans complaisance.  C’est un parcours, une aventure, c’est ce qui me plaît, Je ne sais pas quand elle s’arrêtera.   C’est un moment à moi, un rendez-vous quotidien et j’en ai besoin. En réalité, ce travail  n’a même pas besoin d’être montré. On ne peut pas dire que dessiner tous les jours permet de s’abstraire du modèle au profit de la technique, ni que la technique est seconde par rapport au sujet, c’est très complexe et très évolutif. Mais comme je l’ai déjà dit, c’est peut-être parce que je suis si complexe ! (rires)

Alain Puech vient de créer un site web personnel, avec l'aide de son fils Clément, que je vous invite à consulter pour découvrir la suite de son travail  régulièrement mis à jour .  En page d'accueil, on peut voir un "morphing" réalisé à partir d'une série d'autoportraits.   Cliquez ICI pour accéder au site.

POST-SCRIPTUM :

Au moment de relire l'article avec Alain Puech,  il m'envoie la note suivante (que je choisis de citer intégralement) :
"Je n'ai sans doute pas précisé que cette volonté de faire reconnaître le travail d'artiste comme un vrai travail est sous-tendue par l'idée que défend le syndicat auquel j'appartiens (Syndicat national des artistes plasticiens CGT) et qui est d'obtenir un statut d'artiste plasticien comme il y a un statut pour les intermittents du spectacle, par exemple. Statut voulant dire :  avoir des devoirs certes mais aussi des droits. Comme celui de la reconnaissance des accidents du travail et des maladies professionnelles dont les artistes plasticiens sont privés. Dernièrement nous avons "arraché" un droit à la formation et il y a encore beaucoup à faire. Mon travail, encore une fois, s'inscrit complètement dans cette stratégie de reconnaissance du droit des artistes."

http://www.alainpuech.com/

jeudi 16 août 2012

Denise Fernandez-Grundman, dessins et gravures

Atelier : Denise Fernandez-Grundman, rue des Guerriers à Aix-en-Provence
http://denise.fernandez.free.fr/
 
D’abord peintre et premier prix des écoles de peinture  de la ville de Paris en 1962,  Denise Fernandez-Grundman choisit le dessin et la gravure vers la fin des années quatre-vingts. Elle peint sa dernière toile en 1987 et se consacre alors au  dessin et presque en même temps, cherche des maîtres pour   se former à la gravure.    C’est  avec le taille-doucier Tienieck Kerevel,  à Marseille, qu’elle explore « le métier » qu’elle dit pratiquer de façon très traditionnelle quant à la technique, mais qu'elle a développé selon sa personnalité.  On perçoit dans cette façon de dire, le respect du maître, mais aussi le plaisir et la fierté de faire partie des gens de cet art.  Parmi toutes les techniques explorées, c’est la technique de la gravure à la pointe sèche qui lui correspond.  
 L’outil choisi par Denise Fernandez-Grundman, pour peindre, dessiner ou graver  m’apparaitra au  fil de la conversation, comme un « objet de sens ».  Le couteau pour peindre à l’huile, le burin et la pointe-sèche pour graver la plaque de cuivre, les crayons   utilisés du plus sec H, au plus gras,  HB, B, 2B… tenus assez haut pour donner de l’amplitude  au geste, un enchevêtrement tel un écheveau emmêlé, nerveux et broussailleux et pourtant, chaud comme un nid.  Peut-être y a-t-il eu chez elle la nécessité,  après avoir, pendant les premières années ( vingt-cinq ans tout de même), façonné la matière en couvrant la toile de peinture à l’huile au moyen d’un couteau, de l’inciser, de percer  la peau  symbolique formée par la peinture,   pour en extraire une nouvelle forme, un sens nouveau, en se consacrant presque uniquement au dessin de visages, qu’elle trace aujourd’hui sur le papier ou taille dans le métal.
photo dans l'atelier de l'artiste: Benjamin Fernandez

 
Mais revenons un instant à l’outil :  couteau, burin, pointe-sèche, crayons.  Son amie Françoise Lott, qui  l’a convaincue  d’accepter qu'elle rédige sa biographie (elle est en cours), a recueilli de Denise Fernandez-Grundman des confidences, elle écrit à propos de son œuvre peint que « l’emploi de couleurs posées en aplat, au couteau, (serait) comme pour se construire un mur derrière lequel elle pourrait s’abriter du monde ».  Pendant des années, la peinture est épaisse et lisse,  presque abstraite, point de vue  préférant des architectures bien structurées, maçonnées, le peintre peint la vie à l’extérieur depuis l’intérieur, à partir de sa fenêtre ouvrant sur le monde, mais depuis un espace protégé.  Puis la porte s’ouvre,  accueillant des figures, des scènes de rues,  le marché, les petits commerces des rues d’Aix, « Le soleil levant », « les pâtes fraîches » etc…,  petits commerces bien connus des aixois et toujours en activité.  Peu à peu, la peinture se fait moins lisse et les visages se précisent.  Dans la dernière période, la matière est striée de coups de couteau, annonçant le geste qui entaille la plaque de cuivre avec le burin ou la pointe-sèche, dans la gravure. D’ailleurs, Denise Fernandez-Grundman dit avoir arrêté la peinture quand l’envie d’un travail plus graphique s’est imposée. A la question, pourquoi le dessin ?  Elle répond, parce qu’elle aime le travail graphique, le trait ; le graphisme qui est fait pour retrouver la trace de ce qui a disparu.
 
Denise Fernandez-Grundman dessine et grave des visages, des personnes réelles qu’elle ne connaît pas la plupart du temps,  s’inspirant de photos, de l’actualité.  Quand je l’interroge sur la question de « l’intime », préparant l’exposition de dessins « Traits…intimes »,  pour le musée Arteum de Châteauneuf-le-Rouge, à la fin 2012, elle  me répond que tous ces visages sont intimes, qu’ils sortent tous d’elle, de ce qu’elle a vu, imaginé, et que leur représentation passe à travers sa main, dans cette manière si particulière qu’elle a de chercher le trait, de faire émerger le regard, l’expression d’une infinité de coups de crayon,  dans un dessin qu’elle monte peu à peu, d’abord avec un crayon sec,  qui laisse une trace plus claire, puis, en choisissant des crayons de plus en plus gras et de plus en plus « noirs », donnant de l’intensité à son dessin.   Lorsqu’elle a commencé à peindre, elle dessinait des personnages sans visage ; puis,  quand elle a eu un peu moins peur des gens, elle a commencé à peindre leurs traits de plus en plus précisément. Toujours des visages qui viennent d’ailleurs… comme sa famille dont les origines étrangères sont multiples.  Des amis, des admirateurs de son travail lui ont demandé de dessiner leur portrait, mais elle s’y refuse, ayant trop peur,  ce sont ses propres mots, « de massacrer les personnes », mais il n’est pas rare  qu’un dessin  d’imagination évoque, pour finir,  quelqu’un de son entourage ou un autoportrait !
"Quand la nuit tombe", Denise Fernandez-Grundman
 
Née à Paris d’un père juif ashkénaze polonais et d’une mère juive  sépharade d’Oran.   La famille de sa  mère, très pauvre, a émigré à Paris dans les années vingt, sa grand-mère et ses enfants ont quitté Oran pour Paris, à la mort de son grand-père, lors d’une épidémie de grippe espagnole.  Son père, arrêté sous l’occupation est mort  à Auschwitz.  Ses origines sont multiples et c’est cela qu’elle représente dans ses visages, sans que l’on puisse déterminer de quel pays, de quelle origine ils sont.  Quand Denise Fernandez-Grundman choisit de se consacrer exclusivement au dessin et à la gravure en taille directe, elle délaisse les sujets urbains, architecturaux, les espaces cloisonnés pour se consacrer aux visages : « Nino reviens ! », « Sans abris », « Plein le dos »,  « Leïla », « Atelier de lecture »,  « Esther », « Farida et Karine », « Dolores », «  Djoar »,  « Le sourire de Luis », sont  glanés parmi les titres de ses dessins et  gravures de portraits.  Des visages  expressifs,  entaillés de rides et de plis , noués par les milliers de fils  vibrants posés par la main, cheveux crépus et vaporeux se prolongeant en  peaux sombres et sculptées d’expressions d’une intensité fortes comme des destins.  Lors de l’exposition  rétrospective Histoire gravée à la Cité du Livre d’Aix-en-Provence l’été 2007, Raymond Jean écrivait pour le catalogue de l’exposition : « Denise F.G. dispose d’une étonnante aptitude à ouvrir les yeux sur la réalité d’un univers humain (j’allais dire : social, mais humain est d’une vérité plus simple) pluriel, où les âges, les conditions, les attitudes, les expressions, les origines, les métissages se croisent, selon une diversité que seules une justesse et une rapidité extrêmes du trait peuvent saisir… La rapidité, Denise l’obtient aujourd’hui  dans la suite de ses dessins à la mine de plomb ou de ses gravures à la pointe sèche dont la vocation semble être de saisir comme au vol d’autres figures, plus vibrantes, plus fugaces peut-être, parfois plus violentes aussi et comme épineuses, broussailleuses, où le tracé même du crayon sur le papier déploie des signes qui font trembler les chevelures (…)». 


Djoar, gravure, Denise Fernandez-Grundman, 2005

 
Ces visages qu’elle revendique représenter l’ailleurs, ont en commun un point de fraternité, j’allais écrire de reconnaissance (s’y reconnaît-elle ?).  Je me rappelle avoir vu il y a vraiment très longtemps, un film de Fassbinder, réalisé en 1970, sur un émigré marocain dont le titre  : Tous les autres s’appellent Ali  semblait rassembler dans une même identité, tous les étrangers,  (alors que le titre allemand, est Angst essen Seele auf , donc, littéralement : Peur dévorer âme), gommant l’individualité, par l’usage d'un prénom étiquette. Comme si tous les étrangers  avaient même prénom, même histoire. C’est nier leur être. Voilà qui est à reconquérir par l’image, par le dessin du visage, comme le fait  Denise Fernandez-Grundman,  ne dessinant pas seulement l’étranger, ni l’ailleurs pour l’ailleurs,  mais des personnes qui, comme les siens, sont venus d’ailleurs, ont dû s’exiler un jour parce qu’ils en avaient « Plein le dos » ( titre d’un dessin à la mine de plomb réalisé en 1992). Ses œuvres ont souvent pour titre  des prénoms, qui pour le coup lui sont intimes ; ainsi,  la gravure Djoar  (2005), représentant  le visage d’une très vieille femme porte le prénom de sa grand-mère.   Claudie Amado, amie de Denise Fernandez-Grundman écrit, elle aussi pour le catalogue de l'exposition à la Méjanes en 2007 : « Comment faire le deuil ? En peignant, en dessinant , puis en gravant des visages, des yeux.  Creuser, c’est tenter de tracer le portrait du père disparu. Graver, retrouver la trace par le trait (plus que par la peinture), user du noir et du blanc.  Le graphisme est fait pour retrouver la trace de l’absent.  La disparition peut laisser croire que cela n’existe pas, que cela n’aura pas lieu. »
Voyage, Denise Fernandez-Grundman 2000

Répéter, que les visages de Denise Fernandez-Grundman, qui ne sont pas des portraits, qu’elle dit peindre d’imagination, semblent émerger  du noir de l’encre, parmi les entrelacs de fils dénoués  qui l’aident à trouver le chemin de son histoire intime, de son père disparu. Ce visage du père (mais aussi d'autres visages) qui  semblait perdu dans un  labyrinthe  que la conscience ne peut aider à trouver, mais que la mémoire du  geste, comme une caresse fugitive et nerveuse sur le papier espère capter; qu’un coup de burin, qu’ une entaille dans la plaque de cuivre pourrait révéler au cours du processus lent et un peu aléatoire de l’encrage et du tirage.  Quand on a perdu, pour retrouver, on se  prend  toujours à espérer en un heureux  hasard, que l’on ne cesse de provoquer. 


Pour consulter la liste des expositions, se rendre sur le site de Denise Fernandez-Grundman, en cliquant ICI, puis  sur  "expositions".



lundi 13 août 2012

Thibaud Yevnine, photographe, retour du Mozambique


Je recevais hier un message de Thibaud qui annonçait son retour d'Afrique.  Ses mots m'ont touchée et je lui demandai la permission de diffuser sa lettre et les liens vers les deux blogs dans lesquels il publie photos, textes et poèmes, carnets de voyages. 
Ce sont ses mots:
"Les hasards de la vie, bien plus que ses conjectures que nous appelons projets, nous poussent à nous déplacer, à partir ou à revenir.
Aussi, un vendredi de juin, le 15, voilà que je rentrais du Mozambique où je venais de passer neuf mois. Et si cette date avait été fixée depuis toujours, elle m'apparaissait à moi comme un hasard que je ne maîtrisais pas et que je ne comprenais pas plus.
Les personnes qui ont pu me voir de nouveau à Aix, marchant dans ses rues ensoleillées, où à Arles, où j'exposais dans le festival Off, en réalité ne m'ont pas vu.
Elles ont vu mon enveloppe physique, bien sûr, et aux dires de certaines, « amaigrie », elles ont vu quelqu'un marcher, sourire et parler, elles ont vu ce que les bouddhistes appellent ma « dépouille mortelle », mais je n'étais pas là.
Ce Mozambique que j'ai mis tant de temps à aimer, à sentir, voilà qu'il ne voulait plus s'en aller, ou que moi je ne voulais plus partir.
Un heureux « hasard » du sort a fait que je devais reprendre l'avion pour Maputo le 13 juillet, pour exposer mes photos au prestigieux centre culturel français de la capitale.
Je remettais donc une deuxième fois les pieds en Afrique en si peu de temps.
Tant mieux, car l'homme que vous aviez croisé à Aix avait des allures de fantômes qu'il fallait exorciser.
Et au risque d'être mystérieux mais il m'est encore difficile de développer plus, les aléas du sort ou de la vie m'ont réservé une surprise à mon premier retour qui ne pouvait que me déstabiliser.
Je ne pouvais plus guère parler à personne.
Il fallait que je reparte.
(...)



(...)
Ce que j'ai fait.
Là, à Maputo, dans cette mégalopole africaine, je cherchais les réponses.
J'avais deux semaines devant moi.
Je passais mes journées et une partie des nuits à marcher, seul.
J'écrivais beaucoup.
Et si peu à peu je retrouvais la parole, je comprenais que la perte de certaines personnes est irrémédiable.

Je suis revenu maintenant. Et si l'Amérique du Sud est mon continent de cœur, que je m'envole dans ses chants et ses langueurs, le continent africain, lui, est maintenant mon continent de « tripes ».
Il me traverse bien plus que je l'ai traversé. Ce n'est pas que je l'aime ou que je ne l'aime pas. C'est qu'il me touche, c'est qu'il s'appuie à deux mains sur mon existence.

Chose nouvelle que j'ai fait en revenant le mois dernier à Maputo, j'ai mis mes poèmes et mes photos en ligne, sous forme de récits que j'alimente de manière hebdomadaire:


Et enfin, pour ceux qui voudrait voir ou revoir les premières séries de mes photos du Mozambique :




Aujourd'hui, je suis à Aix en Provence, dans cette étrange ville hors du temps et de la misère (matérielle). D'ici peu j'espère poursuivre « ma » route en Amérique du Sud."

jeudi 9 août 2012

Franz Ferdinand - Take Me Out (2004)

Allez, deux songs de  Franz Ferdinand de plus, celle là parce que c'est le premier tube.

Franz Ferdinand - L. Wells

celle-ci pour l'entrain et parce que je partage ce plaisir de  courir qui rend plus léger...
Ici Lindsey Wells, L. Wells.

Franz Ferdinand - Love and Destroy


Cette chanson du groupe de rock écossais Franz FerdinandLove and Distroy, se réfère au roman de MikhaïlBoulgakov, Le maître et Marguerite.  Elle illustre la scène, extraite du film en dix épisodes  réalisé par  Vladimir Borkto   en 2005,  où Marguerite sollicitée par Satan  (Woland),  vient d'accepter de se transformer en sorcière, elle survole Moscou et entre dans la "Maison des dramaturges et des littérateurs" de Moscou, précisément dans l'appartement de Latounski, le critique littéraire qui causa le malheur du Maître dont elle est amoureuse.  Elle décide de le venger et saccage l'appartement.  C'est précisément cette  scène du roman qui  a inspiré la chanson Love and Distroy, de l'album Michael des Franz Ferdinand.  Ce roman a influencé de nombreux  romanciers et  musiciens,  il est lui même inspiré du Faust de Goethe.  On lira avec intérêt la fiche proposée par l'encyclopédie Wikipédia, ICI.
Un roman fantastique et magique, complexe et profond, aussi essentiel à la littérature russe que l'est, à mon avis,  en Angleterre, l'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll.
Une de mes plus belles lectures de l'été. 

vendredi 3 août 2012

Agnès Varda



Je viens de trouver une petite série de documentaires (5) réalisés  entre 2009 et 2011 et commentés par Agnès Varda, titrés: Agnès de ci de là Varda, ils ont été montrés du 19 au 23 décembre 2011 sur Arte.  Je donne un lien pour en regarder des extraits.  On peut aussi les acheter en dvd.  Le premier est, entre autres, l'occasion d'une visite de l'atelier de Chris Marker. Le second me plaît aussi beaucoup parce qu'elle s'intéresse aux chaises qui sont un des sujets sur lesquels j'aime travailler en peinture...

http://www.arte.tv/fr/4309394.html

(à suivre...)

mercredi 1 août 2012

La Jetée - Chris Marker - 1962 - 26 Minutes


En hommage à Chris Marker, décédé le 29 juillet 2012 , jour de ses 91 ans, puisqu'il était né le 29 juillet 1921. La Jetée est un film de 28 minutes,  sorti en 1962, constitué de  plans photographiques discontinus (sauf pour de très brefs instants de "film", comme c'est le cas vers la minute 18:18, pour un battement de paupières ) et en noir et blanc.   Film de science-fiction se situant après une troisième guerre mondiale, guerre nucléaire, il imagine des expérimentations  scientifiques pratiquées sur des hommes que l'on fait voyager dans le temps ... C'est un film assez angoissant  et poétique,  qui joue entre rêves et souvenirs. La fiche Wikipédia à laquelle je renvoie, signale que le générique présente ce film comme un "photo-roman". La succession des photos sur lesquelles un arrêt plus ou moins long est marqué au montage du film, crée entre les images, des ellipses que le spectateur est amené à "combler", un peu comme dans la lecture d'une bande dessinée (on y parle "d'images séquentielles").  Il faut aussi évoquer la voix narrative qui accompagne le film, à la troisième personne,  qui crée une mise à distance, seuls les propos des scientifiques, chuchotés, presque incompréhensibles, peuvent sembler d'étranges formules magiques... Film expérimental, jouant avec les composantes qui définissent un film: tant d'images / seconde + son + narration, il est un petit chef d'oeuvre !

Le rôle de l'acteur masculin est tenu par Davos Hanich, celui de la femme par Hélène Châtelain. (Plus de détails sont donnés sur le lien Wikipédia).

Il faut encore regarder ce petit film  ( moins de 8 min) réalisé par le magazine  Télérama : Chris Marker vu par Agnès Varda, à l'occasion des rencontres d'Arles  de l'été 2011 où l'on voyait une exposition de photos de Chris Marker,  "Passengers", portraits de jeunes femmes dans le métro New-Yorkais entre 2008 et 2010, que j'avais eue la chance de voir l'été dernier,  le photographe en position de voyeur, mais avec délicatesse ( Agnès Varda en parle très bien), ainsi qu'une installation-hommage à l'actrice Catherine Belkhodja. Le troisième moment de cet entretien est consacré à La jetée.  C'est à voir en cliquant sur ce lien :http://www.dailymotion.com/video/xk6z7q_chris-marker-par-agnes-varda-rencontres-d-arles_creation

Il y a quelques mois, j'avais proposé de regarder le film Les statues meurent aussi,  co-rélalisé par Chris Marker et Alain Resnais, sorti en 1953.  On peut le retrouver ici:http://imagesentete.blogspot.fr/2012/01/les-statues-meurent-aussi-chris-marker.html


P.S.:Merci à M. pour tes remarques toujours pertinentes et constructives...