jeudi 2 février 2012

ciel - wislawa szymborska

Alfred Stieglitz - Equivalent - 1930- (photo)
Ciel


Voilà par quoi on aurait dû commencer : le ciel
Fenêtre sans rebord, sans feuillure, sans vitres.
Ouverture et rien d’autre,
mais ouverte largement

Nul besoin d’attendre une nuit sans nuages,
ni de lever la tête
pour regarder le ciel.
Je l’ai derrière mon dos, sous ma main, mes paupières.
Le ciel m’enveloppe fermement,
me soulève.

Les montagnes les plus hautes
ne sont pas plus près du ciel
que les vallées les plus profondes.
Pas un endroit où il y en aurait davantage
que dans un autre endroit.
Un nuage est aussi lourdement
écrasé par le ciel qu’une tombe.
Une taupe n’est pas plus au septième
qu’un hibou qui agite ses ailes.
Une chose qui tombe dans le vide
tombe du ciel dans le ciel.

Fluides, liquides, rocheuses
enflammées et aériennes
étendues du ciel, miettes du ciel
ciel qui souffle et ciel qui s’entasse.
Le ciel est partout
jusqu’aux ténèbres sous la peau.
Je mange du ciel, j’évacue du ciel.
Je suis piégé piégé,
habitant habité,
embrasseur embrassé,
question en réponse à question.

Le diviser en Ciel et Terre
n’est pas la façon idoine
d’appréhender ce Tout.
Ça permet juste de survivre
à une adresse plus précise,
plus facile à trouver,
si jamais on me recherche.
Mes traits particuliers :
admiration et désespoir.

Wislawa Szymborska, De la Mort sans exagérer, traduit du polonais par Piotr Kaminski, Poésie Fayard, 1996, pp. 108 et 109

Florence Trocmé qui a créé et qui anime le site Poézibao, a publié aujourd'hui ce poème de la poétesse polonaise Wislawa Szymborska, décédée ce 1er février à Cracovie. Elle avait reçu le prix Nobel en 1999.
Florence Trocmé signale un article dans l'Express et un autre dans le Point .


video
Je joins un petit film (en anglais) dans lequel on apprend en quelles circonstances douloureuses, la mort prochaine de sa mère, Alfred Stieglitz commença de porter son regard vers des choses lointaines comme les nuages. La contemplation du lointain pour le détourner des difficultés proches. Il était également assez fasciné par leur puissance suggestive. Il nomma cette série de photographies du ciel, des nuages , Equivalents (1930 - 31).

Disons que je partage avec ce dernier le plaisir de regarder vers le haut : les nuages, mais aussi le ciel car j'habite une région où le ciel n'est pas quotidiennement traversé de nuages ... leur relative rareté n'est sans doute pas étrangère à l'intérêt que je leur porte...
Je devais avoir neuf ans, au printemps, nous avions fait avec mes parents un long voyage en voiture pour aller rendre visite à un frère de mon père qui habitait près d'Orléans. Un après midi, alors que nous roulions en voiture pour aller visiter un de ces châteaux de la Loire, sur une route de campagne assez dégagée, j'ai aperçu dans les nuages un phénomène que je n'avais alors observé que dans les ciels des tableaux des églises, et que j'ai aussitôt nommé, la lumière de Dieu. Des rayons de lumière filtraient à travers les nuages, j'en étais éblouie, je ne pensais pas que cela pouvait exister dans la réalité, je croyais que ce n'était qu'une représentation inventée par les artistes pour suggérer la puissance divine. Je n'avais jamais remarqué ce phénomène naturel jusqu'à ce jour là et de prime abord, je ne savais pas quoi en penser. Quel mystère me révélait-il? Que fallait-il comprendre?
Voilà peut-être ce qui, depuis longtemps, me tient le nez en l'air, je suis très attentive au ciel, je me dis qu'il y a peut-être bien encore quelque chose d'inédit, d'un peu semblable à cette révélation, à y attendre et dont j'ignore l'existence. Ce n'est pas parce que je ne le sais pas que cela n'existe pas...
Avec la poétesse Wislawa Szymborska, on l'aura compris, c'est la contemplation du ciel, de l'air, qui m'a semblé assez proche d'un travail que j'ai réalisé l'an dernier, sur l'air... et pour lequel j'ai beaucoup songé au ciel et à une manière de m'en approcher en peinture.

26 commentaires:

Dom Carlos a dit…

DOM JUAN.- J’obéis à la voix du Ciel.
DOM CARLOS.- Quoi vous voulez que je me paye d’un semblable discours ?
DOM JUAN.- C’est le Ciel qui le veut ainsi.
DOM CARLOS.- Vous aurez fait sortir ma sœur d’un couvent, pour la laisser ensuite ?
DOM JUAN.- Le Ciel l’ordonne de la sorte.
DOM CARLOS.- Nous souffrirons cette tache en notre famille ?
DOM JUAN.- Prenez-vous-en au Ciel.
DOM CARLOS.- Eh quoi toujours le Ciel ?
DOM JUAN.- Le Ciel le souhaite comme cela.

Aragon a dit…

Honte à ceux qu'un ciel pur ne fait pas soupirer

Arthur a dit…

Les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs

Yves a dit…

La clarté disparut au ras de ces collines enchevêtrées entre le ciel et le monde.
Et ce fut à nouveau la grande nuit d’avant, sans étoiles.

Peter a dit…

Lost my time lost my place in
Sky blue
Those two blue eyes light your face in
Sky blue

I know how to fly, I know how to drown in
Sky blue
Warm wind blowing over the earth
Sky blue
I sing through the land, the land sings through me
Sky blue

Dom Juan a dit…

DOM JUAN: -Va, va, le Ciel n'est pas si exact que tu penses; et si toutes les dois que les hommes...
SGANARELLE: -Ah! Monsieur, c'est le Ciel qui vous parle, et c'est un avis qu'il vous donne.
DOM JUAN: Si le Ciel me donne un avis il faut qu'il parle un peu plus clairement, s'il veut que je l'entende.

Théophile a dit…

Comme en la terre et par le ciel
Des petites mouches errantes
Mêlent pour composer leur miel
Mille matières différentes,
Formant ces airs qui sont ses fruits,
L'oiseau digère mille bruits
En une seule mélodie

Arthur a dit…

Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur.
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes

Gabriel a dit…

from "Growing up" Tour...2003!

I keep moving to be stable
Free to wander - free to roam
In
Blue Sky

Those two blue eyes light your face
In
blue Sky

Keats a dit…

Je rêve que nous sommes des papillons n'ayant à vivre que trois jours d'été

Keats a dit…

Je rêve que nous sommes des papillons n'ayant à vivre que trois jours d'été

Philippe a dit…

Là où la terre s'achève
levée au plus près de l'air
(dans la lumière où le rêve
invisible de Dieu erre)

entre pierre et songerie

cette neige: hermine enfuie




(approximativement, entre air et ciel ... c'est moi qui l'ajoute)

mistake a dit…

Dom-Juan: si toutes les fois que les hommes...
et pas "si toutes les dois"!


voilà, voilà où ta malice te conduit!

Paul a dit…

Le ciel est par dessus le toit
Si bleu, si calme

Alain a dit…

Madame rêve
D'un amour qui la flingue

D'une fusée qui l'épingle
Au ciel
Au ciel

Charles a dit…

Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traitres yeux,
Brillants à travers leurs larmes.

Guillaume a dit…

Le Poulpe

Jetant son encre vers les cieux,
Suçant le sang de ceux qu'il aime
Et le trouvant délicieux,
Ce monstre inhumain, c'est moi-même.

Albert a dit…

"J'apprends qu'il n'est pas de bonheur surhumain, pas d'éternité hors de la courbe des journées. Ces biens dérisoires et essentiels, ces vérités relatives sont les seules qui m'émeuvent. Les autres, les "idéales", je n'ai pas assez d'âme pour les comprendre. Non qu'il faille faire la bête, mais je ne trouve pas de sens au bonheur des anges. Je sais seulement que ce ciel durera plus que moi. Et qu'appellerais-je éternité sinon ce qui continuera après ma mort? Je n'exprime pas ici une complaisance de la créature dans sa condition (...) Car l'espoir au contraire de ce qu'on croit, équivaut à la résignation. Et vivre, ce n'est pas se résigner."

Paul a dit…

Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir!
-L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Jacques a dit…

Avec le fil des jours pour unique voyage
Et des chemins de pluies pour unique bonsoir
Avec le vent d'ouest écoutez-le vouloir
Le plat pays qui est le mien

Avec un ciel si bas qu'un canal s'est perdu
Avec un ciel si bas qu'il fait l'humilité
Avec un ciel si gris qu'un canal s'est pendu
Avec un ciel si gris qu'il faut lui pardonner
Avec le vent du nord qui vient s'écarteler
Avec le vent du nord écoutez-le craquer
Le plat pays qui est le mien

Avec de l'Italie qui descendrait l'Escaut
Avec Frida la blonde quand elle devient Margot
Quand les fils de novembre nous reviennent en mai
Quand la plaine est fumante et tremble sous juillet

post scriptum a dit…

il est des poètes plus "célestes" que d'autres...
Paul Verlaine est de ceux-là. Dans le recueil "Fêtes galantes", je trouve un marque page oublié depuis des années. Une publicité pour "La maison des bibliothèques" qui propose un bon pour un catalogue gratuit que je n'ai jamais retourné! Il se trouve p. 161 d'une édition d'une livre de poche pour laquelle je déboursais 10francs 45. A ladite page le poème "A clymène":

Mystiques barcarolles,
Romances sans paroles,
Chère, puisque tes yeux,
Couleur des cieux,
Puisque ta voix, étrange
Vision qui dérange
Et trouble l'horizon
De ma raison,
Puisque l'arôme insigne
De la pâleur de cygne,
Et puisque la candeur
De ton odeur,
Ah ! puisque tout ton être,
Musique qui pénètre,
Nimbes d'anges défunts,
Tons et parfums,
A, sur d'almes cadences,
En ces correspondances
Induit mon cœur subtil,
Ainsi soit-il !

Anonyme a dit…

Le ciel est vaste comme un soleil permanent
Et les nuages souviens-t-en s'en vont au vent

maya a dit…

Yves, pour faire revenir la Clarté, fais comme le Petit Prince, déplace ta chaise...et regarde un nouveau soleil se lever.
Ainsi L'espoir ne fuit pas, c'est nous qui le fuyons et rappelle-toi, le ciel est noir quand nous lui tournons le dos. Marchons vers l'étoile qui conduit au soleil...assez de dé, de dés, de désespoir, sauf à se plaire dans la nuit noire. A mon sens, l'éternité s'en chargera bien, alors pendant que nous sommes sous le soleil, ne le fuyons pas. Parole d'indien Maya...

M. a dit…

Ciel! Celui qui aime l'amour malheureux aime mal l'heureux amour...

jp a dit…

et toujours et encore du jp nataf, à retrouver là:

http://imagesentete.blogspot.com/2010/11/jp-nataf-les-lacets.html

Germain Nouveau a dit…

Sans verte étoile au ciel, ni nébuleuse blanche,
Sur je ne sais quel Styx morne, au centre de l’O
Magnifique qui vibre autour de lui sur l’eau,
Mélancoliquement mon esprit fait la planche.

(Germain Nouveau)