jeudi 27 décembre 2012

balade au centre d'art du château La Coste, la Cride

Il y a des projets de belle nature qui provoquent une joie à la fois simple et extraordinaire.  Arpenter deux heures durant les pentes douces des vignobles et des bois du Château La Coste, comme je l'ai fait aujourd'hui avec des amis, me donne envie de saluer avec beaucoup  d'enthousiasme l'initiative de l'homme d'affaire Irlandais, Patrick McKillen, de transformer ce domaine viticole bien connu des Aixois  (il existerait depuis 1682) en centre d'art et d'architecture.  La plaquette du domaine nous apprend que c'est en 2004 que "naît l'idée d'un projet unique liant sur les terres du Château La Coste, art, architecture et vin.  Artistes et architectes y participant sont invités à visiter le domaine, à découvrir la beauté de ses paysages. Puis la liberté leur est donnée dans le choix de l'emplacement et de l'oeuvre créée".  Le bâtiment que l'on voit ici est le Centre d'Art proprement dit, imaginé par Tadao Ando (2011). Sur le miroir d'eau, une araignée, Crouching spider, de Louise Bourgeois (2003).
Le Château La Coste est un domaine viticole qui travaille en agriculture biologique, les chais et la cuverie ont été conçus par Jean Nouvel  (2008).  Quelque part sur le parcours, à l'orée du bois de chênes, il faut s'enfoncer sous terre pour découvrir  Oak room, la chambre des chênes, une voûte de troncs et de branches, agencés comme un nid suspendu à l'envers, oeuvre de Andy Goldsworthy  (2009).  Je n'ai pas pensé à photographier toutes les oeuvres, et c'est très bien ainsi.  Montrer un peu, mais que chacun  aille chemin faisant, guetter la découverte ...
Sur les hauteurs du domaine, on trouve un tertre où une Chapelle (2011)  s'élève auprès une calade ancienne. L'architecte Tadao Ando a remanié la structure de pierre probablement existante, en l'entourant d'une enveloppe de verre, L'intérieur est éclairé par une lumière zénithale.
Les rythme des couleurs vives et des formes géométriques de Liam Gillick, Multiplied resistance screened (2010).
Les lames d'acier de Richard Serra Aix (2008)
La goutte, Drop, 2009, de Tom Shannon
Au loin, on aperçoit entre les chênes, Le pavillon de musique de Frank Gehry,  (Gehry Partners, 2008)
Fin de la boucle, pour cette fois, elle nous ramène vers le Centre d'Art vu sous un autre angle, un mobile d'Alexander Calder, Small Crinckly, 1976 et une sculpture de Hiroshi Sugimoto, Mathematical model 012 surface of revolution with constant negative curvature, 2010, ont les pieds dans l'eau.  Il faut citer les autres artistes, Sean Scully, Tunga, Franz Wast, Michael Stipe, Paul Matisse,  Tatsuo Miyajima, Gucci, dont les oeuvres rythment le paysage.  L'hôtesse d'accueil, nous a appris que cinquante pour cent du projet est actuellement réalisé.  Des installations sont en cours, une croix de Jean-Michel Othoniel, un potager de Louis Benech, des ponts des pavillons et un hôtel-spa. La librairie à l'intérieur de l'espace vente offre un choix intéressant d'oeuvres sur les artistes et les architectes contemporains.  L'endroit n'est pas une fondation (à l'exemple de la fondation Maeght), ni un musée, ni une galerie d'art, sans doute un lieu à vocation commerciale et artistique  et, pour le moment, un espace où les oeuvres se déploient dans une nature sereine.  La beauté du site et la qualité exceptionnelle des oeuvres que l'on peut y voir,  toutes créées par des artistes,  de renommée internationale, font de ce domaine privé, un lieu dont on peut être vraiment heureux qu'il existe là,  pour ainsi dire à notre porte !   Il faut avoir la curiosité d'y aller ...

Pour s'y rendre:
Château La Coste, 2750 route de la Cride  (oui, la même que celle que  j'aime emprunter pour faire du vélo. Le petit col en lacets est tout à fait à mon goût et, cette fois, le château n'y est pour rien !) - 13610 Le Puy-Sainte Réparade.
Un téléphone + 33(0)4 42 61 89 98.
Un site www.chateau-la-coste.com
Tous les jours de 10h à 19h.

lundi 24 décembre 2012

Aragon, Le roman inachevé

Marguerite Marie et Madeleine
Il faut bien que les sœurs aillent par trois
Aux vitres j’écris quand il fait bien froid

 Avec mon doigt leur nom dans mon haleine

Pour le bal de Saint-Cyr elles ont mis
Trois des plus belles robes de Peau d’Âne

 Celle couleur de la route océane
Celle de vent celle d’astronomie


Comment dormir à moins qu’elles ne viennent
Me faire voir leurs souliers de satin
Qui vont danser danser jusqu’au matin
Pas des patineurs et valses de Vienne


Marguerite Madeleine et Marie
La première est triste à quoi songe-t-elle
La seconde est belle avec ses dentelles
À tout ce qu’on dit la troisième rit


Je ferme les yeux je les accompagne
Que les Saint-Cyriens avec leurs gants blancs
Que les Saint-Cyriens se montrent galants
Ils offriront aux dames du champagne


Chacune est un peu pour eux Cendrillon
Tous ces fils de roi d’elles s’amourachent
Si jeunes qu’ils n’ont barbe ni moustache
Mais tout finira par un cotillon


La vie et le bal ont passé trop vite
La nuit n’a jamais la longueur qu’on veut
Et dans le matin défont leurs cheveux
Madeleine Marie et Marguerite




Dédicace :   A mes soeurs, Anne et Hélène en ce soir de fête, ce poème de Louis Aragon, Le Roman inachevé, 1956,   Florence.  A  toutes les soeurs d'hier, d'aujourd'hui et de demain .... et à leurs frères aussi, qui sont  nos princes !

Hommage à Louis Aragon pour le trentième anniversaire de sa mort, ce 24 décembre. 

mercredi 19 décembre 2012

Kamel Khélif et Alain Puech, visite guidée




La semaine dernière, c'était un mardi, les élèves d'une classe de première du lycée Fourcade de Gardanne étaient en visite au musée Arteum. J'avais demandé à Pierre Vallauri, commissaire de l'exposition "traits...intimes" réunissant les dessins d'une douzaine d'artistes contemporains, la possibilité  de permettre aux élèves de rencontrer certains artistes. C'est ainsi que Kamel Khélif et Alain Puech étaient présents pour dialoguer avec les élèves,  leur parler de  leurs oeuvres et, plus généralement, du dessin. Nos élèves n'ont pas l'habitude de fréquenter les musées ou de s'intéresser aux arts plastiques, sauf pour quelques uns qui pratiquent eux mêmes le dessin, raison pour laquelle je souhaitais la présence d'artistes, afin qu'ils aient la chance  d'entendre d'autres interlocuteurs que leurs professeurs. L'exposition  "Traits...intimes", au musée Arteum de Châteauneuf-le- Rouge, est visible jusqu'au samedi 22 décembre.
De nombreuses questions sur les techniques employées, sur le sens donné aux oeuvres ont été posées à Alain Puech, artiste plasticien qui travaille depuis 2008 à la réalisation quotidienne d'un autoportrait.  Ce travail a séduit plusieurs lycéens. Nicolas écrit :" j'aime de manière générale l'idée d'autoportrait, mais un dessin m'a particulièrement marqué: le dessin faisant référence à une anecdote de sa vie. Un jour il a reçu une publicité  pour les produits "Damart", adressée à "madame Puech" alors qu'il n'est pas marié. Il a alors utilisé la publicité pour réaliser son autoportrait. On voit le visage d'Alain Puech travesti en femme âgée, avec quelques rides légèrement  tracées et un grain de beauté sur le côté droit du visage, près de la bouche".  Un autre élève, Guillaume,  ajoute: " j'ai bien aimé les oeuvres d'Alain Puech. Ses dessins racontent une histoire, celle de sa vie, car il se dessine tous les jours. Celui qui me plaît vraiment c'est celui où il est représenté en "avatar". Pourquoi est-il en "avatar"? Car il est allé le jour même voir le film. Cette méthode, je la trouve vraiment ingénieuse. Il utilise toujours le même type de feuille pour ses dessins ". 
 
 Le soir même de notre visite au musée Alain Puech  a réalisé un autoportrait (celui que je présente ici),  et comme il l'avait annoncé aux élèves, il s'est servi des photos que nous avions prises durant l'après midi pour composer, par superposition, son autoportrait.  Il m'a envoyé le dessin par mail et je l'ai montré le lendemain matin à la classe.  Ce fut un moment d'émotion.  Après un silence attentif, une voix a dit : "nos photos ont servi à faire une oeuvre, nous sommes devenus une oeuvre d'art !" Un murmure approbateur a parcouru les rangs.  Certains élèves dessinent, mais aucun n'avait eu,  jusqu'à cet instant, l'idée de devenir un jour acteur de l'histoire de l'art... Merci Alain, au nom de tous les élèves.

Kamel Khélif s'est longuement entretenu avec la classe, de la place du dessin dans l'histoire des arts, place qui a beaucoup évoluée depuis l'époque où il était seulement considéré comme un  brouillon ou une étude imparfaite avant l'oeuvre "noble", la peinture. Les dessins ne s'exposaient pas, alors, ils étaient détruits la plupart du temps. Il a parlé de son propre parcours, de sa  technique personnelle.  Auteur et dessinateur de bandes dessinées, Kamel Khélif a également une oeuvre dessinée qu'il présente en galerie.


Yohan, qui a aimé un dessin de Kamel Khélif, écrit: " J'ai beaucoup aimé l'oeuvre sans titre où l'on voit un loup, dans le  centre, à gauche du dessin. Le rendu du dessin dans des tons bruns chaleureux et le rendu des traits fins du rotring sur la feuille patinée me plaisent énormément, ainsi que la manière dont  il superpose des tissus qui rendent l'oeuvre plus vivante ( en fait il n'y a pas de tissus superposés dans les dessins, mais, parfois, Kamel  dessine au point plutôt qu'au trait,  et cela peut  laisser penser qu'une légère dentelle blanche vient par dessus le dessin des lignes). L'ensemble donne un effet de brouillard qui rend le dessin mystérieux. Le côté de  la feuille qui semble patiné illumine le dessin et on dirait qu'il y a une pleine lune cachée par le brouillard. On aperçoit aussi un autre loup tout un haut du dessin, on dirait qu'il a été appelé par le premier loup pour regarder avec lui ce qui se passe. On aperçoit également des chevaux en bas de la feuille, le loup les surveille. La présence du loup donne un caractère fort à l'oeuvre, il est le chef de la meute, celui qui commande avec  supériorité, depuis le  bord de la falaise.  C'est pour moi la plus belle oeuvre que j'aie vue jusqu'à présent et c'est pour tout cela que je l'aime".
Nombreux sont les élèves de la classe qui ont été réceptifs aux dessins de Louise Lefort, ceux que l'on peut voir sur cette photo, ainsi que le dessin monumental d'un verre d'eau à moitié rempli.  Amandine, Hafi, Guillaume, Léa, Gaëlle, Mathieu, Valentin, Benoît, Marine, ont aimé "Les doigts dans la prise" ou "Le verre à moitié rempli".  Voici ce qu'ils ont pu écrire: " j'aime un dessin de Louise Lefort qui s'intitule "les doigts dans la prise". On peut y voir un bébé assis, en train de jouer, il est sur un tapis, avec des jeux pour enfant, mais il tient une prise électrique en mains. On distingue aussi un sac et une paire d'escarpins. On peut imaginer que le bébé va mettre les doigts dans la prise, comme le dit le titre du dessin, ou bien qu'il va couper le fil. J'ai bien aimé ce dessin car je trouve qu'il reflète la réalité: les bébés sont innocents et inconscients du danger.  Cette oeuvre me plaît aussi car je trouve que tous les détails y sont et qu'ils sont réalistes. Les effets de noir et blanc sont réussis, les jeux d'ombres aussi".   On peut lire aussi : " Le dessin que j'ai le plus aimé est une oeuvre de louise Lefort. C'est un dessin est en noir et blanc, cette absence de couleur me plaît. Il représente un verre sur un support, une table. Ce verre est à moitié vide ou à moitié plein, cela est laissé à l'appréciation de chacun,  traduisant l'optimisme ou le pessimisme  de l'être humain.  Malgré l'absence de couleur et de décor, je le trouve vivant, peut-être parce qu'il reflète la réalité de la vie".
Pauline, Sirine, Morgane, Nolwenn, Marion, Yohan, ont parlé des dessins de Xavier Spatafora.  L'un d'eux écrit: "Ce dessin m'a plu car il est très réaliste. La main représente un des cinq sens, le toucher.  J'ai eu envie de toucher cette main, qu'elle puisse me soulever grâce à sa très grande dimension ( 220 x 180)  et la force que l'on imagine".   Un autre ajoute: "la main qui est représentée peut  avoir la signification que le monde et notre vie sont entre nos mains et cela peut nous indiquer qu'il ne faut pas gâcher sa vie".  Mais pour une autre élève, cela raconte "l'histoire d'un homme qui lâche quelqu'un. La main est penchée vers le bas, le vide, alors que pour d'autres personnes elle peut représenter tout autre chose. Ce que je peux clairement dire, c'est que j'ai apprécié cette oeuvre car elle raconte une histoire".  On lit encore: " j'avais aussi l'impression que la main voulait  entrer en contact avec moi, que celui qui était au bout de ce bas était seul et qu'il ne voulait plus l'être. J'étais vraiment attiré par ce dessin et je ne pouvais plus m'en décoller".    Toutes les oeuvres ont été regardées avec une grande attention. Parmi celles qui ont encore fait couler l'encre des stylos des élèves, il faut citer  Georges Rinaudo,  Fred Deux, Denise Fernandez  dont les portraits ont beaucoup impressionné de la par la technique du dessin, Catherine Duchêne pour ses personnages féminins de Madone et de Marthe, la nudité parfaite des corps de femme a provoqué l'admiration, alors que la technique du fusain sur toile plaisait beaucoup,  Sophie de Garam et Christine Bonduelle, Delphine Poitevin.   Les dessins abstraits de  Pierre Salvan  ont souvent interpellé et parfois décontenancé, car, certains l'ont écrit, les élèves considèrent qu'ils  n'ont pas une grand expérience artistique. Pour la quasi majorité des élèves, un artiste, un dessinateur doit se montrer plus capable de mieux dessiner que toute autre personne. Il doit savoir reproduire parfaitement la réalité. Ils sont sensibles à un art figuratif, voire narratif qui saura toucher leurs émotions.   Sirine a pour sa part écrit: "j'ai bien aimé les oeuvres exposées de Pierre Salvan. Elles sont simples et sans superflu. Chacun peut donner la signification qu'il veut à chaque trait et à chaque couleur. En regardant ces oeuvres, je me sens apaisée et je peux laisser libre cours à mon imagination, en revanche, je ne peux pas expliquer avec des mots ce que je ressens".          Pour conclure, je voudrais remercier  tous les artistes au nom de tous les élèves et plus particulièrement Kamel Khélif et Alain Puech qui ont été tellement généreux dans les moments d'échange avec la classe.  Merci à Pierre Vallauri toujours enthousiaste à partager sa passion  et à encourager la diffusion des oeuvres et des artistes. Merci au musée Arteum de nous avoir accueillis.  Merci à chacun des élèves de la classe et à celles et ceux dont le nom n'a pas encore été cité: Fiona, Charlène, Emma, Alexandre, Thomas, Anaïs, et Mélanie. 

dimanche 16 décembre 2012

exposition André Nègre chez Alain Paire, un article de Christiane Courbon dans la Provence

Rappel pour cette très belle exposition 30 rue du Puits-Neuf, Galerie Alain Paire,  jusqu'à la fin du mois de décembre.  Du mardi au samedi, de 14h30 à 18h30.

mercredi 5 décembre 2012

je me souviens, Daniel Darc


Je me souviens, Daniel Darc à Istres, ce 23 novembre.  Un concert très sympa et intimiste à l'Usine.  Les Inrocks ont la bonne idée de publier régulièrement des notes de son journal de bord en tournée, à lire ICI.  Et, pour la route, une chanson sur le thème de la mémoire et du souvenir.... parce que la vie, voyez-vous, ça laisse des traces qui s'effacent, mais pas toujours, même quand la pluie qui tombe délave l'ardoise.

Daniel Darc, ex Taxi-Girl, à lire et à suivre sur son site LA

Daniel Darc je me souviens je me rappelle


samedi 1 décembre 2012

exposition-vente d'oeuvres de la collection André Nègre, chez Alain Paire


L'exposition des lithographies de Bram Van Velde est encore accrochée et déjà, Alain Paire reçoit les oeuvres que le galeriste marseillais, André Nègre, lui confie pour une exposition-vente exceptionnelle. Vernissage, mercredi 5 décembre à partir de 18h30. Jusqu'à la fin décembre, 30 rue du Puits Neuf, à Aix-en-Provence, du mardi au samedi de 14h30 à 18h30.

Quelques photos pour donner un aperçu des belles pièces que l'on pourra acquérir. Un dessin à la plume de Louis Pons, "Le sommeil". 
Un lithographie  de Picasso, Jacqueline de profil.
Trois dessins en couleur d'Edgar Mélik.
Dessin de Jean-Jacques Ceccarelli (détail)
Une sculpture de Pascal Verbena, "Pondeuse" et un "Saint-François d'Assise et les oiseaux", en fer, de Pierre Ledda.


Ce lien actif (transmis par A. Paire) vers une émission d'une télévision marseillaise: mativi tv qui retransmet quelques minutes d'un film sur André Nègre:
http://www.mativi-marseille.fr/les-films/andre-negre-une-histoire-de-la-peinture-a-marseill.html,9,19,0,0,2354,2
 Un film de Lea Torreadrado et Alain Louedec














lundi 26 novembre 2012

Point de fuite



Pour M., alias Pretty dark curls,  qui pense que l'on fait forcément du vélo cheveux au vent  (et pour ne pas la détromper) ce joli extrait du film Butch Cassidy and the sundance kid,  western de George Roy  Hill ( 1969).
Mais, pour rétablir la vérité sur ma façon de faire du  vélo et entretenir la légende (sachons être modeste), un texte :

"Le chevalier errant"



Gros vent en bourrasques et de face. Pour les jambes, ça semble aller, c’est plutôt un état général de fatigue et un rhume persistant qui laissent penser que la sortie ne sera pas qu’une partie de plaisir.  Il fait doux, les reliefs de Sainte Victoire sont  impressionnants, les arêtes de calcaire  très proches quand on attaque le col de Saint Antonin et plus encore quand on sort des lacets, la barre des falaises se dresse sur la gauche, riches nuances de gris, le soleil n’éclaire pas la roche.
 Ce matin, je peine bien plus qu’un autre jour.
 Le vent du sud charge le ciel et coiffe de nuages éméchés le dos étiré de la montagne vers son extrémité est, au-delà de Pourrières.  Un cycliste du club de Septèmes, échappé d’un groupe que j’avais dépassé peu avant,  me rejoint et me dit de prendre sa roue  ce que je fais avec beaucoup d’application, à la fois contente qu’il me donne le rythme et consciente qu’il m’oblige à puiser des forces là où ça fait mal, surtout aujourd’hui.
A l’arrivée au col de Saint Antonin, il me distance des quelques mètres que je n’ai pas eu le courage de disputer jusqu’au bout. Je le laisse attendre ses compagnons de route et file, à nouveau solitaire, vers  Pourrières.  La route trace parmi les vignes rouges, je  pense aux Récits de la demi-brigade  de Giono quand j’aperçois  le panneau bleu qui pointe sur la droite, « Saint-Pons »,  écrit en lettres blanches. « Saint-Pons », c’est, dans le recueil de nouvelles, le lieu de la Capitainerie du gendarme Martial Langlois. Des nouvelles dont je m’étais délectée il y a quelques années et qui, immanquablement me reviennent en mémoire à cet endroit précis.  Souvent, quand, arrivée à Pourrières,  au lieu de bifurquer vers Trets, je prends à gauche vers le col de Rians, je sais que Giono a mis ses pas sur ces terres et s’en est imprégné pour évoquer les longues courses à cheval de Langlois, de nuit ou de jour.  Je reconnais, dans le passage étroit pris entre les roches abruptes, les coins qui favorisent les embuscades et, montée sur mon vélo, j’accompagne en pensées Langlois dans une course nocturne hasardeuse pour rejoindre une ferme solitaire où il espère obtenir quelque information.
A Trets, j’amorce le retour, vent de dos, sur la piste cyclable, c’est royal, facile. Je profite à plein de l’impression d’être plus en forme qu’au début de la sortie, j’appuie sur les pédales pour rouler le plus vite possible.  Un cycliste me rejoint, je l’avais aperçu sur le côté de la piste, en train de se restaurer.  Je prends sa roue, je me rends vite à l’évidence qu’il a dû se fatiguer pour me rattraper et qu’il ne parvient pas à garder le rythme dans le faux-plat montant qui rejoint Châteauneuf-le-Rouge, je le dépasse à mon tour. Il rentre par la nationale, je coupe en face par le chemin dit  « ancien chemin de Beaurecueil à Saint Savournin ». Au loin, une forme. Je l’observe, s’éloigne-t-elle ou vient-elle à ma rencontre ?  Il s’agit probablement d’un jogger et non d’un cycliste: le point qui vient à ma rencontre  tressaute légèrement, au rythme des foulées, c’est une femme qui me croise et me salue sportivement.  Une centaine de mètres plus loin, après la bascule du petit col, une autre forme se dessine au loin, je m’amuse de la répétition. J’observe à nouveau, ce qui me distrait de mon propre effort. Cette fois, il me semble que la forme est bien plus allongée, elle ne se déplace pas  en sautillant : il s’agit d’une cavalière, seule sur la route. Elle a dû, comme moi, s’interroger un instant sur la difficulté potentielle que je représentais pour elle et son cheval.  C’est-elle sentie en danger ?  Elle est pour moi l’aventure d’un instant et je suis pour elle, également, une poignée de secondes, son aventure  de  chevalier errant partie seule, sans compagnon, pour l’inconnu. Le vent  m'aère la tête d'une oreille à l'autre déposant au passage cette idée qui fait sourire.  Ne suis-je pas aussi, sur ma bête cadre-aluminium-fourche-carbone,  ma selle italienne, coiffée de mon casque profilé, une espèce de chevalier en quête de ce qu’il ne peut trouver,  ma quête a duré longtemps, elle est restée vaine, mais je vais …  cherchant l’illusoire aventure,  mettre à l’épreuve ma vaillance et mon audace*, dérisoires. Toute sortie à vélo est une potentielle aventure, au point qu'il m'arrive d'avoir du mal à trouver le sommeil avant une "grosse sortie". La fatigue qui me raccompagne me fait du bien.

f.l.

 * Chrétien de Troyes, Yvain ou le Chevalier au Lion.


dimanche 25 novembre 2012

Exposition hommage au galeriste André Nègre par Alain Paire

Le vernissage du 5 décembre marquera l'ouverture d'une exposition à l'occasion de laquelle Alain Paire ouvrira sa galerie aux oeuvres collectionnées par le galeriste André Nègre.  
Un article à lire sur le site de la galerie Alain Paire,  sur Pascal Verbena et cette prochaine exposition:  ICI

Et un autre article de 2007 lors d'une précédente exposition consacrée à André Nègre : LA

jeudi 22 novembre 2012

"Premier hiver", Kamel Khélif

Kamel Khélif dédicacera son livre Premier hiver samedi 24 novembre, de 15h à 19h à la librairie "la Touriale", 211 boulevard de la Libération à Marseille. Il signera, autour d'un verre, ce livre pour les petits et les grands.  Parlez-en  autour de vous.

"Ils avaient été chassés par la misère de la guerre qui avait eu lieu là-bas, il n'y avait pas si longtemps, et le désir violent de traverser la mer pour trouver ailleurs une vie meilleure..."  Kamel Khélif raconte le premier hiver d'une famille qui rejoint le père installé en France, dans les années qui suivent la fin de la guerre d'Algérie. 

Premier Hiver, Kamel Khélif, éditions Grandir, 2012  - 17€

mercredi 21 novembre 2012

Tout est fin prêt, ce soir, vernissage de l'exposition "Traits...intimes", au musée Arteum

Ce soir le musée Arteum de Châteauneuf-le-Rouge ouvre ses portes sur une exposition de dessins: "Traits...intimes". Vernissage à partir de 18h.  Exposition du 21 novembre au 22 décembre.
Denise et Pedro Fernandez-Grundman en discussion avec Alain Puech
Un ami installe un grand dessin de Louise Lefort
Alain Puech accroche ses autoportraits
Pierre Salvan
Installation en cours pour le travail de Delphine Poitevin
Les dessins de Catherine Duchêne sortent des cartons
Catherine Duchêne et une amie en pleine action


L'équipe d'Arteum, Cécile, Christiane Courbon et Pierre Vallauri, devant les dessins de Georges Rinaudo.
On vous attend tout à l'heure !

dimanche 18 novembre 2012

La vie au bout des doigts ,Patrick Edlinger

"Ce qui est important en escalade, c'est la façon dont tu passes, le but n'est pas de passer crispé sur des prises. L'intérêt c'est d'être le plus esthétique et le plus harmonieux possible. C'est une expression corporelle au même titre que la danse, une chorégraphie dictée par les prises, un opéra vertical"
Patrick Edlinger.

lundi 12 novembre 2012

Vernissage de l'exposition "Traits...intimes", musée Arteum, Châteauneuf-le-Rouge

J'ai le plaisir d'annoncer le vernissage de l'exposition "Traits...Intimes", le 21 novembre à 18h30  au musée Arteum à Châteauneuf-le-Rouge. 
Pierre Vallauri m'a demandé il y a quelques mois, de m'associer au projet de cette exposition dédiée au dessin.
J'ai, à cette occasion, rencontré avec lui les artistes invités et nous avons rédigé  des articles individuels publiés dans ce blog et celui de Pierre Vallauri (en quête d'images), que l'on pourra retrouver en cliquant sur les liens proposés ci-dessous. 
Lors de la visite de l'exposition qui s'étendra du 21 novembre au 22 décembre, on pourra aussi se procurer le catalogue de l'exposition.












samedi 10 novembre 2012

PABLO 2. Apollinaire, Julie Birmant & Clément Oubrerie




PABLO  2. Apollinaire, chez Dargaud éditeur, album BD de Julie Birmant (scénario) et  Clément Oubrerie (dessins)                             
Deuxième album de la série PABLO,  paru  en septembre,  racontant du point de vue de Fernande Olivier, modèle et muse de nombreux artistes parisiens du début du XXème siècle,  sa rencontre avec Picasso (elle fut sa première compagne) et  Max Jacob  (T.1), Guillaume Apollinaire et plus tard, Léo et Gertrude Stein (T. 2).  Le bateau-lavoir (ainsi nommé par Max Jacob), le Lapin Agile, et les diverses adresses des artistes constituent les  décors du récit.  J’admire les dessins, choix d’une ligne claire pour une bonne lisibilité mais travail des couleurs tout en demi-teintes et ombres, pour donner  de la matière,  une pâte  chaleureuse à l’ensemble. Fernande est un des modèles les plus appréciés des peintres et des sculpteurs parisiens du début du siècle. Ayant fui la province, sa famille et un mari brutal auquel elle a été mariée de force, elle arrive à Paris et rencontre le sculpteur Laurent Debienne qui devient son bienfaiteur et son amant et l’initie au métier de modèle (T. 1). 
Ce deuxième tome, titré « Apollinaire », annonce la rencontre entre Pablo Picasso et Guillaume Apollinaire qui se fait en 1904. Un soir, Pablo conduit par le faux baron Mollet découvre un poète qui harangue la foule dans une taverne anglaise  du quartier de la Gare Saint-Lazare ( Apollinaire était notamment un habitué de l’Austin’s, rue d’Amsterdam et du Critérion). En 1904, le poète travaille dans une banque (en fait, il y travaille depuis 1902 et quand elle ferme, il devient rédacteur en chef du Guide du rentier, avant d’entrer dans un autre établissement financier, la banque Châteaufort et Poitevin) et vit chez sa mère au Vézinet, c’est l’époque de sa rupture avec Annie Pleyden. On reste un peu sur sa faim si on espérait suivre le parcours d’Apollinaire, mais cela est dû au point de vue narratif choisi,  celui de Fernande Olivier, plus distante avec Apollinaire qu’elle ne l’a été, on le sent, du poète Max Jacob.

Le personnage le plus touchant de ces deux albums est d’ailleurs Max Jacob.  Amoureux inconditionnel et sans espoir du peintre Picasso, ami et soutien fidèle de Fernande dans les moments difficiles, il souffre avec  jalousie des amitiés successives de Picasso pour Apollinaire ou  Léo et Gertrude Stein et plus généralement de tous  ses amis masculins.  Fernande, on le sent bien, est la seule de ses amies qu’il apprécie réellement et sans que ne pointe un sentiment de  jalousie.   On découvre un Max Jacob aux multiples facettes, drôle et bouffon dans ses  imitations, poète sensible et novateur,  clown, toxicomane, homosexuel et cartomancien, il pratique les sciences occultes pour venir en aide à ses amis et réconcilier Pablo et Fernande. Apollinaire, présenté comme l’alter ego de Picasso confirme les recherches du peintre vers un art novateur et critique, pointant comme grand rival, Henri Matisse.  A la fin du second album, Picasso fait la connaissance des collecteurs américains, les Stein.  Fasciné par la personnalité de Gertrude, il entreprend son portrait et les séances de pose se muent en longues discussions sur l’art : Pablo Ruiz est en voie de devenir Picasso …
Bien documenté et s’appuyant sur un scénario dynamique cet album comme le précédent est passionnant, seulement un peu frustrant pour ne pas en donner plus à lire au lecteur curieux  en un seul album ( 84 pages…tout de même).  Mais quand le choix est de fixer l’ambiance d’une vie au  quotidien, avec ses anecdotes et ses petites choses de l’intime (ce en quoi il réussit parfaitement), il est impossible d’avancer à grandes enjambées et même de tout dire… Un franc bravo ! 
Blog de Clément Oubrerie, pour y retrouver son actualité et ses autres publications :
http://www.oubrerie.net/
Et puis, un message que j'avais publié en janvier 2012, à la sortie du T.1: ici
Double page de dessins de Pablo Picasso, portraits d'Apollinaire.   Album Pléiade "Apollinaire" p. 96 - 97 (Merci à M. - alias Pretty dark curls - pour le prêt de ces documents )