vendredi 31 décembre 2010

fêtons la saint sylvestre

photo prise le 20 nov 2010 depuis le palais de Tokyo

une nuit s'achève sur un jour nouveau. Meilleurs voeux pour 2011 !

Tous les matins du monde ....


un film d'Alain Corneau d'après le roman de Pascal Quignard. Je retiens cet extrait pour la musique et la composition du tableau. Et, pour tous les matins de l'année à venir ...

jeudi 23 décembre 2010

les cheminées








je m'interrogeais sur l'activité des ces grandes cheminées de la centrale thermique qui, je l'ai appris, sont des refroidisseurs. J'avais remarqué qu'elles ne fonctionnaient pas toutes les deux en même temps et je cherchais une logique possible à leur mise en activité.






A l'automne 2007, je décidais de prendre quotidiennement une photo selon le même protocole. Je fais ce trajet au moins quatre fois par semaine, pratiquement toujours à la même heure. Je prévoyais de faire une photo chaque matin depuis ma voiture, au même endroit pour visualiser cette activité. L'expérience s'est étendue sur un peu plus de deux mois.
















je n'ai pas trouvé de logique au fonctionnement des cheminées. D'un jour à l'autre le bal des vapeurs différait tantôt celle de gauche, tantôt celle de droite, tantôt les deux , indépendamment de la
température extérieure.






Ces cheminées produisent sur moi une sorte de fascination esthétique. Je les regarde parfois comme des fabriques de nuages. Leur panache blanc, comme un manche à air, indique la direction et la force du vent. Si les fumées s'inclinent vers la droite, nous avons du mistral. Si, au contraire et plus rarement, elles obliquent à gauche, c'est un vent du sud favorisant les entrées nuageuses souvent suivies de pluies. La poésie du vent a besoin de repères pour trouver ses mots ...


La lumière qui s'accroche au panache est belle ! J'ai vu parfois des ciels noirs d'orage que les volutes blanches semblaient éclairer magnifiquement .








les fumées témoignent de nos besoins modernes, nos besoins en énergie. La centrale fonctionne au charbon. Autrefois il était extrait aux pieds des cheminées, un chemin vers l'entrée d'un ancien puits est là, tout de suite sur la droite. Tous sont fermés aujourd'hui et le charbon vient d'ailleurs. Les cheminées sont comme des bouches par lesquelles la cité expire. Ici elles vont par deux, comme les poumons.









Qui n'est pas du métier peut regarder les choses à distance, oublier la finalité et percevoir une certaine poésie. L'immensité des volumes arrondis qui s'élancent vers le ciel comme des flèches de cathédrales dialoguant avec le ciel, mêlant leurs langues vaporeuses. Le troisième larron, la cheminée la plus fine, celle dont la plus haute taille a pour but d'envoyer les fumées nocives le plus haut possible pour qu'elles retombent au loin et préservent la cité qui s'étend à ses pieds.

Qui est du métier parlera de terre d'énergie, pensera production électrique et kw/h. Préservation d'un bassin et de ses emplois. Ces fûts, comme la raison d'exister de la cité, sa fierté, son coeur battant.

Nous avons, en tant que consommateurs, une énergie facilement accessible, qui semble inépuisable. Notre quête de confort fait croître nos besoins et la tension s'exacerbe entre nos habitudes d'homme moderne et notre conscience écologique. Ces considérations dépassent nos capacités d'action individuelles et nous laissent perplexes quant à ce que nous pouvons faire pour l'environnement. Ces cheminées qui dégagent une certaine poésie de l'urbain sont à ce titre inquiétantes car elles rendent visibles l'expiration puante qui contribue au confinement de l'air que nous respirons.

lundi 20 décembre 2010

chaque jour la Sainte Victoire

C'est un parcours quotidien vers mon lieu de travail, la partie la moins banale, aux abords de la Centrale (thermique) de Gardanne.


La longue ligne droite dessine une perspective. Lignes de fuite en plein dans le mythe (le mille) de la Sainte Victoire. L'angle de vue n'est pas celui peint par Cézanne qui posait son chevalet de préférence de trois quart, à l'ouest de la Montagne. Ici, on voit la chose de face, on l'affronte. Longue vague de calcaire blanc précisément découpée. Arrière plan monumental.

"La montagne Sainte-Victoire ( Mont Venturi ) est située à l'est d'Aix en Provence , elle a connu une gloire internationale en partie grâce à la soixantaine d'œuvres du peintre Paul Cézanne dont elle est l'objet.
Paradis des marcheurs, grimpeurs et amoureux de la nature, elle est un élément majeur du paysage aixois.
Son sommet est le pic de mouches. Il s'agit de l'un des plus hauts sommets du département. Selon une étude récente, la Sainte-Victoire serait toujours en train de grandir. La société ME2i a en effet réalisé une étude par satellite entre 1993 et 2003 apportant une preuve que, durant cette période, l'extrémité occidentale de la montagne Sainte-Victoire a été en surrection de
7 mm par an.
Une partie du massif de la Sainte Victoire est classé en 1983. Du 28 au 31 août 1989, un gigantesque incendie en ravage la face sud sur 5 000 hectares.En février 1990, est créé le syndicat intercommunal du Massif Sainte Victoire. En 1992 de nombreuses plantations sont réalisées afin de reboiser, mais à cause de l'incendie, la végétation a été très réduite, notamment les résineux. L'accès à la montagne est en grande partie interdit en période estivale. En août 2000, le Grand Site Sainte-Victoire est créé. Il s'agit d'un syndicat mixte départemental labellisé « Grand Site de France » depuis 2004 , chargé de la mise en valeur et de la protection du milieu naturel et culturel ainsi que de la gestion de la fréquentation sur un territoire de près de 34 500 hectares dont un site classé de 6 525 hectares." (source wikipedia)

Quand on est du coin, on ne peut ignorer les enjeux culturels et patrimoniaux de cette montagne. Un "culte de la Sainte Victoire" compris, partagé mais agaçant. Comme tout ce qui paraît récupéré par l'institution. Avant, à raison ou à tort (bien sûr à tort) , j'avais l'impression que la Montagne n'appartenait à personne et donc à tous. A la création du "grand site Sainte Victoire", j'ai le eu le sentiment que la terre venait de nous être confisquée et je me suis souvenu du discours du chef Seattle (à lire ici). Site protégé. Cette dénomination même induit une volonté de préservation, "
la garder à part et la tenir pour sacrée". Vous me direz, dans le prolongement de l'idée, pétrifier une montagne semble aller de soi !

La Montagne donc... mais devant, que vois-je qui la précède ? Ne suis-je pas fascinée par ce premier plan ? Il s'y passe des choses, des harmonies colorées , des disharmonies de matériaux quelconques appelés à se déglinguer et à révéler un manque de moyens et de goût pour la belle ouvrage. Cet appariement hétéroclite finit par avoir le charme de la vie. Le temps les marque à une échelle humaine. A l'aune des saisons, des années, d'une vie d'homme le paysage se modifie. L'activité du site impose des constructions nécessaires. Rien de gratuit . Pas d'urbanisme. Du fonctionnel.

Et si l'on est touché par la poésie des multiples et subtils croisements de lignes. Si les verticales qui s'élancent vers le ciel composent, finalement, des rythmes jouant avec les formes cubiques plus ramassées, déclinées dans une gamme colorée harmonieuse c'est une chance, un hasard surréaliste dépendant du moment, de la lumière et d'un enchaînement de circonstances imprévues. En quoi est-ce différent de la construction des centres urbains moyenâgeux agglomérés à force de nécessité. Un corps de bâtiment ici, un autre adossé là et puis un ajout au devant. Ici on surélève, là on crée une extension quand le besoin presse. Enchevêtrement motivé. Utile.


Et la question du paysage ? Ce que j'appréhende dans mon champ de vision, de mon point de vue fait coexister sur la ligne d'horizon un patrimoine culturel préservé, intouchable, immuable avec, au premier plan, un espace voué au contingent. Sorte d'oxymore visuel dont je m'accommode. La montagne subsistera aux vicissitudes, victorieuse, inhumaine. Une dimension colossale qui la préserve. Beauté naturelle qui en impose. Il n'en va pas de même du territoire de la plaine, hospitalier, l'humain y apporte par son action de véritables transformations. Dans le temps qu'il se l'approprie il en abaisse la considération artistique. Cela a été une sorte d'habitude dans la peinture de paysage, de chercher le pittoresque, le point de vue valorisant. Il semble bien dans le cas présent que nous soyons éduqués à donner de la valeur à la Sainte Victoire et à considérer ce type premier plan comme du sabotage. Ces photos qui n'ont pas en elles mêmes de valeur artistique (je ne suis pas photographe mais je photographie) cherchent à nous amener à considérer ce premier plan comme intrinsèque au paysage avec Sainte-Victoire. Nous aurions intérêt à considérer notre contribution à l'élaboration du paysage comme une projection de nous même et pour cette raison même nous y intéresser .

vendredi 17 décembre 2010

elle jpNataf


elle, de l'album CLAIR, JP Nataf

JP Nataf au Nomad'Café 16 Décembre 2010


oui... c'était bien hier soir au Nomad'Café et j'y étais ! Un grand moment de bonne bonne musique ... Ici, un clip sympa avec Mehdi le directeur du Nomad'

jeudi 16 décembre 2010

OK Go - This Too Shall Pass - Rube Goldberg Machine version - Official


je remercie Pierre Vallauri pour cette vidéo ! Il soulignait une excellente utilisation des restes à mettre en parallèle avec l'exposition La Beauté des Restes qui s'était tenue du 8 octobre au 28 novembre 2009 au musée ARTEUM , à Château-neuf-le-rouge. (voir ici un lien vers le site du musée et ladite exposition ).


J'en profite pour signaler l'exposition actuelle du musée qui propose des RESONANCES entre les oeuvres des artistes Claude Garanjoud et Curt Asker. (cliquez ici pour accéder au site du musée)

"Une histoire de résonance... Mettre en résonance l’œuvre de deux artistes, croiser leurs recherches plastiques, en connivence avec les lieux qui les accueillent, voilà l’essentiel d’une exposition en trois volets qui se présente comme un hommage au peintre de Villeneuve-les-Avignon, Claude Garanjoud, décédé en décembre 2005, auquel s’associe, par touches minimales, l’artiste suédois Curt Asker." (Christiane Courbon)

EXPOSITION - DU 19 NOVEMBRE 2010 AU 28 FEVRIER 2011 - ARTEUM

Vernissages
Musée des Tapisseries : jeudi 18 novembre à 18h
Arteum à Châteauneuf-le-Rouge : mercredi 24 novembre à 18h
Accompagné à 19 h de « Babouche Miniature », création de la chorégraphe Montaine Chevalier (une programmation du Théâtre du Bois de l’Aune, dans le cadre des Miniatures Officinae du festival Dansem)

Lecture poétique
Fondation Saint-John Perse : vendredi 21 janvier à 18h par Jean de Breyne, poète, critique d’art, commissaire indépendant d’expositions, fondateur de la Galerie Librairie l’Ollave, créée à Lyon en 1974.

Catalogue
A l’occasion de cette exposition-parcours parution d’un catalogue
Dans un second temps un tiré à part avec les œuvres de Curt Asker « In situ » dans chaque lieu sera édité

Informations pratiques
Musée des Tapisseries - Tél. : 04 42 23 09 91
Place des Martyrs de la Résistance - 13100 Aix-en-Provence
Ouvert tous les jours sauf mardi de 13h30 à 17h00
Visite commentée de l’exposition tous les vendredis et samedis à 15h00 au Musée des Tapisseries (sauf en janvier)
Renseignements et réservations Tél. : 04 42 91 88 74
animationpavillon@mairie-aixenprovence.fr

Fondation Saint John Perse - Tél. : 04 42 91 98 85
Cité du Livre 8/10 rue des Allumettes - 13098 Aix-en-Provence
Ouvert du mardi au samedi de 14 h à 18 h.

Arteum Musée d’art contemporain - Tél. : 04 42 58 61 53
Château de l’Hôtel de Ville. 13790 Châteauneuf-le-Rouge Ouvert du mercredi au samedi de 14 h à 18 h mac.arteum@wanadoo.fr

Janvier : Les deux musées sont fermés au public et ne reçoivent que les groupes et les scolaires, uniquement sur rendez-vous.
Des visites guidées et ateliers de pratique artistique pour les scolaires seront organisés au musée des Tapisseries et à Arteum.

Contact : Christiane Courbon – Commissaire de l’exposition
c.courbon@free.fr Tél. : 06 19 23 33 92

PDF - 482.9 ko

mardi 14 décembre 2010

les orangers !

billet à tous ceux qui pensent qu'il fait toujours beau et chaud en Provence ... ou, comment certains clichés ne datent pas d'hier !

Lettre de Madame de Sévigné à Coulanges
3 février 1695

Mme de Chaulnes me mande que je suis trop heureuse d'être ici avec un beau soleil; elle croit que nos jours sont cousus d'or et de soie. Hélas mon cousin, nous avons cent fois plus froid ici qu'à Paris. Nous sommes exposés à tous les vents. C'est le vent du midi, c'est la bise, c'est le diable, c'est à qui nous insultera; ils se battent entr'eux pour avoir l'honneur de nous renfermer dans nos chambres. Toutes nos rivières sont prises, le Rhône, ce Rhône si furieux n'y résiste pas. Nos écritoires sont gelées ; nos plumes ne sont plus conduites par nos doigts, qui sont transis. Nous ne respirons que la neige; nos campagnes sont charmantes dans leur excès d'horreur. Je souhaite tous les jours un peintre pour bien représenter l'étendue de toutes ces épouvantables beautés.Contez un peu cela à notre duchesse de Chaulnes, qui nous croit dans ces prairies, avec des parasols, nous promenant à l'ombre des orangers.

Lettre écrite par la Marquise de Sévigné à un parent ( Coulanges) depuis Grignan où elle était venue rejoindre sa fille Françoise épouse du Marquis de Grignan.

dimanche 12 décembre 2010

Georges Perec , Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour?


extrait ... Editions Denoël 1966.
"Récit épique en prose agrémenté d'ornements versifiés tirés des meilleurs auteurs ** par l'auteur de comment rendre service à ses amis"
le plaisir du texte !

Perec, L'infra-ordinaire, éditions du Seuil


texte lu par François Bon. A écouter plutôt qu'à regarder... l'image brouille ma capacité à bien entendre . Pourquoi ?

mercredi 8 décembre 2010

Boris Vian


Saint-Germain des Près ...

Duke Ellington - Chloe


le morceau Chloe, joué par Duke Ellington est cité à plusieurs reprises dans le roman L'écume des jours .

Juliette Greco, Si tu t'imagines


C'est à la libération, à Saint Germain des Près,que le poème "Si tu t'imagines" de Raymond Queneau est mis en chanson, à l'initiative de Jean-Paul Sartre, par Joseph Kosma. Chanté par Juliette Gréco, il devient un succès.
C'est pendant mes études à Paris que j'ai rencontré l'oeuvre de Raymond Queneau, lisant à peu près tout ce que je trouvais de publié et d'abordable (pour ma bourse) chez Gibert.

dimanche 5 décembre 2010

les ombres blanches


La clarté du jour annonce un ciel cristallin. Température négative. Tous les matins de la semaine, j'ai gratté le pare-brise. Par la fenêtre l'herbe des jardins apparaît, couverte de gelée blanche. Du toit de tuiles rouges, là-bas,un peu sur la gauche,
j'aperçois la face nord poudrée de cristaux. Il a gelé cette nuit, il gèle encore. Plus tard, le soleil a dépassé la ligne d'horizon. Par la fenêtre, le givre semble proliférer. Le poudroiement à peine perceptible tout à l'heure est maintenant un bourgeonnement. L'herbe fleurit de glace, le sol paraît d'un blanc plus visible et plus dense, presque une pellicule de neige. Lorsque enfin le soleil réchauffe l'air, tout ce qui est exposé directement à ses rayons se défait du givre et se dessinent nettement les ombres d'un buisson, d'un muret, d'un tronc et d'une maison qui ne reçoivent pas la chaleur des rayons, comme des ombres blanches.


samedi 4 décembre 2010

rebekka karijord "The collector"


féérique belle au bois dormant ....

vendredi 3 décembre 2010

pour faire le portrait de jacques prévert

LE TEMPS DE LIRE - 01/01/1970 - 10min13s

JACQUES PREVERT a 71 ans lors de cet entretien avec Pierre Dumayet. Il a réalisé un livre de "collages" édité dans la collection "Les sentiers de la création" chez Skira. A cette occasion, il donne sa version de la notion de création, parle de son enfance, du principe des collages (surréalisme) et de la caricature des "grands de ce monde". S'adressant aux télespectateurs droit dans l'oeil de la caméra, il apostrophe la télévision et s'interroge sur sa liberté. Il lit un de ses poèmes "Elle disait" . Il s'explique sur son anticléricalisme


Pour accéder à la vidéo de l'INA, cliquez sur le lien ci-dessous

http://www.ina.fr/video/CPF93002986/jacques-prevert.fr.html

dimanche 28 novembre 2010

dans la friche du palais de Tokyo, Rachel Monique, par sophie Calle

il faut remonter le fil du blog à la date du jeudi 25 novembre pour trouver le texte que je viens de publier

samedi 27 novembre 2010

Noir Désir - Des armes

poème de Léo Ferré chanté par Bertrand Cantat . Des armes et des mots....

Des armes , des chouettes, des brillantes
Des qu'il faut nettoyer souvent pour le plaisir
Et qu'il faut caresser comme pour le plaisir
L'autre, celui qui fait rêver les communiantes
Des armes bleues comme la terre
Des qu'il faut se garder au chaud au fond de l'âme
Dans les yeux, dans le coeur, dans les bras d'une femme
Qu'on garde au fond de soi comme on garde un mystère
Des armes au secret des jours
Sous l'herbe, dans le ciel et puis dans l'écriture
Des qui vous font rêver très tard dans les lectures
Et qui mettent la poésie dans les discours
Des armes, des armes, des armes
Et des poètes de service à la gâchette
Pour mettre le feu aux dernières cigarettes
Au bout d'un vers français brillant comme une larme

Léo Ferré chantant les poètes (1960)


presque un sujet de dissertation....

vendredi 26 novembre 2010

des nez et des autos

j'écrivais que dans certaines toiles , les visages de Basquiat
sont dotés de nez en forme de petites voitures
où les roues figurent les narines
la preuve est là
et ne dites pas que c'est une détail insignifiant, Basquiat est dans le détail, même ludique !

jeudi 25 novembre 2010

dans la friche du palais de Tokyo, Rachel Monique par Sophie Calle

Exposition Rachel, Monique, de Sophie Calle dans la carcasse dépouillée du Palais de Tokyo.

J'avais pris rendez-vous le lendemain de ma visite chez Basquiat, la porte en face , avenue du Président Wilson, bâtiment jumeau en apparence. La porte poussée, rien n'est plus semblable, plus de décor, la friche exhibe piliers de béton, câbles, poussières, gravas, grillages. Une sensation de calme, un peu vide. Comme une anticipation de la mort, abandon de la carcasse, pour donner raison à l'épitaphe voulue par la mère de l'artiste sur sa tombe "je m'ennuie déjà".

Par ailleurs, comment ne pas faire le lien avec les toiles de Jean-Michel Basquiat : les corps à nu, les entrailles, l'être intérieur ? Ici dans le dépouillement plutôt que l'abondance.
Pas de peinture. Des photos, des films, des objets, de la dalle de pierre. Si la couleur n'est pas absente, la prégnance du gris l'estompe.

j'avais lu : " Ma mère aimait qu'on parle d'elle. Sa vie n'apparaît pas dans mon travail . ça l'agaçait. Quand j'ai posé ma caméra au pied du lit dans lequel elle agonisait (...) elle s'est exclamée :"enfin!" " (Sophie Calle)
Un article intéressant qui rend compte de l'exposition et qui situe la relation de Sophie Calle à sa mère , sur le site Actua litté . http://www.actualitte.com/dossiers/1214-exposition-sophie-calle-mere-experience.htm
cliquez sur le lien Il y a deux ans, la mère de Sophie Calle, Rachel, Monique , est morte d'un cancer.
Un autel fleuri de lys blancs. D'autres fleurs dans un vase - des soucis - entre des piliers un peu plus loin, en regard de plaques et de feuilles de papier sur lesquels on lit, répété, le mot
soucis - le dernier prononcé par la mère de l'artiste.
sur un mur des photos et des textes récoltés pendant un séjour à Lourdes où une voyante les avait envoyées, elle et sa mère.

Je n'ai pas l'intention d'écrire le parcours de la visite, de faire le guide pour ceux qui viendront me lire, je laisse les photos jouer ce rôle, ainsi que l'article cité plus haut .
Ce qui m'intéresse, l'expérience d'une autre, sa manière de vivre l'agonie puis le deuil de sa mère. Je suis en présence de l'intimité d'une fille et de sa mère dans cette séparation ultime, préparée, vécue, puis installée en vue de cette exposition. Paradoxe de l'oeuvre de Sophie Calle, faire du plus intime de sa vie une oeuvre exposée.

Pourquoi suis-je ici ? Pour le nom de Sophie Calle, pour voir son travail ailleurs que dans les livres et sur des photos . Ce n'est pas tout. Je connais le thème de cette installation, il me renvoie à mon vécu, à des thèmes personnels. Que suis-je donc venue partager ? autoportrait de sophie Calle

projection du film de son voyage vers les terres du Groenland

Cette visite, je m'en doutais est un possible retour sur mes propres deuils. On est encore en novembre, mois où l'on fait pèlerinage sur les tombes.
En venant sur Paris j'ai pensé à Y. que j'ai accompagnée comme je l'ai pu sur le chemin de la fin de sa vie, l'an passé. Expérience dont je m'étais crue pour jamais dispensée avec la mort prématurée de mes parents. Ses cendres reposent-elles à présent dans le caveau familial du Père Lachaise, la famille a-t-elle fait le nécessaire durant l'année ? Je n'osais appeler.
M.P.D.
une femme extraordinaire qui m'a redonné vie d'une certaine manière, une figure assurément positive, un peu maternelle, pour ce qu'elle m'a permis de me construire une mère intérieure aussi nécessaire que les fondations de l'édifice ici mises à nues.
Josée, amie d'enfance disparue cet été, impossible d'écrire sur ce présent.
Et la grande absente, ma mère, depuis douze ans, presque treize.
Pelle-mêle de photos qui plaisaient à sa mère. En bas au centre figure la photo où on la voit assise sur la dalle de sa tombe portant l'inscription "Mother" qui est utilisée pour l'affiche de l'exposition. On y voit une femme d'une quarantaine d'années, extrêmement séduisante, assurément provocante. Ce cadre me plaît beaucoup, il est la vie même ! La mère de S. Calle devait avoir à peu près l'âge de la mienne. J'éprouve une émotion nouvelle, plus apaisée, plus attendrie pour ma propre mère dont le caractère s'accordait parfois si peu avec le mien. Je sais à présent, je l'avais bien deviné, que cette installation serait une manière de tenter de revenir sur les trois derniers mois de sa vie dans une unité de réanimation. Revenir sur ces moments de l'ultime présence à la vie et de ses questionnements. Qu'est-ce qui a conduit Sophie Calle à placer là sa caméra ? Peut-être voulait-elle saisir le moment où la vie quitte le corps? Peut-être profiter de la vie jusqu'au dernier souffle ? Peut-on y répondre au moyen d'une caméra - témoin infaillible - placée pour saisir les derniers instants, pour ne rien perdre ? Si elle ne pouvait être présente, la caméra pouvait-elle se substituer à sa présence ?
Je suis satisfaite que dans le murmure des voix qui entouraient le lit funéraire de
Rachel Monique, le questionnement des personnes présentes ait persisté, malgré la caméra posée là pour tout enregistrer et tout objectiver, et que la vie s'en soit allée comme une incertitude ... que je crois féconde.
Peu après la mort de sa mère, elle a acheté cette girafe et l'a placée dans son atelier : elle la regarde de haut le regard un peu triste... Voyage vers le pôle nord où sa mère avait toujours rêvé d'aller
Une photo, le collier Chanel et le diamant de sa mère
qu'elle est allée enterrer
au Groenland
la liste des objets qui ont été placés dans le cercueil, elle figurait non loin d'une photo en noir et blanc grandeur nature du cercueil ouvert contenant la dépouille de Rachel Monique et ces objets familiers.
Il faudrait écrire un mot pour la fin , il ne vient pas laissant le texte inachevé

mercredi 24 novembre 2010

Jean-Michel Basquiat

L'affiche à l'entrée du Musée d'Art Moderne, av. du Président Wilson.J'avais découvert le travail de Jean-Michel Basquiat il y a 7 ou 8 ans en feuilletant des livres dans une librairie. Nous travaillions alors avec des élèves sur l'oeuvre de Combas en résidence à Aix (2003). J'avais acheté le livre, une édition à petit prix, tout de suite, vraiment touchée par les toiles, la force et la liberté du geste, l'homme au centre des toiles comme un cri, comme un écorché, les mots presque omniprésents.
A l'annonce de l'exposition à Paris j'ai voulu voir les toiles en vrai. C'est important de se placer devant une toile, de prendre sa dimension dans une sorte de corps à corps, de la ressentir. Dans cette expo du Musée d'art Moderne, l'accrochage est très bien fait, chronologique et permet d'appréhender l'évolution du jeune artiste en une dizaine d'années, seulement. J'ai parcouru l'expo trois fois avant de me résoudre à quitter le lieu, il faut le dire, c'est vraiment fort !

Quelques photos dérobées à la vigilance des gardiens. Il fallait garder l'idée de l'expo telle qu'on ne peut la trouver dans un catalogue.
Sur ce mur, 5 toiles qui ne sont pas tendues sur châssis, elles recouvrent des palettes de transport, des baguettes de bois assemblées. Hommage à des grands hommes noirs, tels Cassius Clay ou encore Charlie Parker (abrégé C PRKR). Basquiat a constamment une réflexion sur la condition des noirs américains depuis l'époque de l'esclavage jusqu'à aujourd'hui.

La réflexion sur la condition des noirs issus de descendants d' esclaves, en occident, étant omniprésente dans le travail de Basquiat , je remarque que les gardiens du musée sont en majorité noirs alors qu'il y a très peu de visiteurs noirs ... l'idée me traverse que les choses évoluent lentement ... et pourtant

Ici une toile magnifique dans laquelle on trouve des éléments très caractéristiques de la peinture de Basquiat. Un corps d'homme dont on voit les organes intérieurs ( à l'âge de 8 ans, Basquiat a été hospitalisé à la suite d'un accident de la route, il a dû subir l'ablation de la rate. Pendant sa convalescence, sa mère lui offre un livre d'anatomie intitulé "Henry Gray's Anatomy of the Human Body " qui influence fortement sa représentation du corps non comme surface mais comme complexion d' organes ) accompagné de la couronne. J'associe cet intérêt exhibé pour ce qui ne se voit pas (en principe) au désir de comprendre , d'appréhender la complexité, de penser. Tout cela forme des sortes de labyrinthes et me rappelle le langage, les mots dont il fait des phrases, les mots dont il cherche parfois le sens inscrivant des listes de définitions, les mêmes mots qu'il réitère en litanie.

Beaucoup de dessins, très écrits, souvent matrices des toiles peintes.
Two Heads on Gold, 1982. Des têtes comme des masques, et beaucoup, beaucoup de dents !
Je ne peux pas vous en montrer ici, mais parfois Basquiat dessine les nez comme de petites voitures stylisées dont les deux narines figurent des roues placées en dessous . Cherchez dans des catalogues, vous verrez, je ne l'ai pas rêvé ! D'ailleurs, c'est exactement ainsi qu'il dessine les voitures dans ses premières toiles où apparaissent souvent des voitures et des camions.

A propos de cette toile, j'ai entendu le commentaire d'un guide, très intéressant. Basquiat qui a lu beaucoup de bandes dessinées, reprend souvent dans ses toiles les attributs des héros des comics américains, en particulier Superman. Il rappelle que le cahier des charges donné aux créateurs du super-héros, en 1930, en pleine période de l'ascension du nazisme en Allemagne, ne comportait qu'une seule contrainte : un héros avec des cheveux noirs. Basquiat s'en sert pour peindre le super héros noir. On retrouve les couleurs de Superman: bleu, jaune, rouge et noir. Ainsi que dans la partie en haut à droite, le signe de l'éclair ( puissance) qu'il porte sur son thorax. L'homme noir victorieux porte une flamme à la main (Variante d'une statue de la liberté ?) , sa tête est surmontée d'une auréole. D'autres signes sont porteurs de messages politiques: le $ du dollar, les mots per capita ( connotation de capitalism ?).

Une magnifique grande toile représentant une tête (thème cher à Basquiat) , très travaillée, très complexe. Toujours les mêmes couleurs des super-héros et des dents en or. Une tête bien faite, une tête bien pleine, qui pense, pour dire aux hommes, quelle que soit leur couleur de peau, qu'il faut penser, qu'il faut réfléchir, faire travailler sa tête, s'instruire. On constate, à regarder ses toiles, que Basquiat est aussi (surtout) un intellectuel, qu'il aime l'écriture, les mots. Il dit beaucoup, dénonce beaucoup, peint comme on crie ! Il a d'ailleurs commencé par là, écrire des messages sur les murs de Manhattan.


La dernière toile que j'aie pu photographier avant de me faire rappeler à l'ordre: Irony of negro policeman. (l'ironie du policier noir) ... vous comprendrez.


Basquiat est né le 22 décembre1960, mort le 12 août 1988 à 27 ans suite à une overdose. D'origine Haïtienne et Portoricaine, ses parents appartiennent à la moyenne bourgeoisie, ils habitent New-York. C'est sa mère qui l'initie à l'art par la fréquentation des musées et l'encourage à peindre. A sept ans il découvre la bande dessinée. A seize ans, sous le nom de SAMO (Same old shit), il écrit des messages sur les murs de Manhattan, à la bombe... peu à peu, au fil des rencontres avec des artistes, des galeristes et des expositions, son oeuvre acquiert une notoriété qui n'a cessé d'être. (pour une biographie plus complète, cliquez ici )
Et puis deux films , l'un présentant l'expo de Paris au Musée d'Art Moderne. L'autre où l'on voit Basquiat, jeune, il rejoint Rimbaud dans mon imaginaire).

Expo Jean-Michel Basquiat, Musée d'Art Moderne de la ville de Paris / ARC
du 15 octobre 2010 au 30 janvier 2011 . Cliquez ici pour plus de renseignements